Un inévitable compromis, donc, ces menottes. L se dit avec philosophie que c'était toujours mieux que de porter des chaussettes.
Ou d'être enchaîné à Misa-san. Celle-ci, à peine relâchée, douchée, habillée, s'était mise à papillonner autour de Yagami et à argumenter sur des points de détails assommants, avec force commentaires sur les 'tendances de Ryûzaki-san'.
L se félicita d'avoir des policiers pour l'aider. Au moins ce ne serait pas à lui de garder à l'½il cette bruyante suspecte.
Même s'il devait reconnaître que si Misa-san n'existait pas, il faudrait qu'il l'invente. Elle lui était si opposée que cela la rendait presque intéressante. En d'autres temps, en d'autres lieux, c'aurait sans doute été reposant de lui parler. Les morts, les assassinats, Kira, la nécessité de mettre la main sur lui, passaient des kilomètres au-dessus de Misa-san et ne rentraient même pas dans la liste de ses priorités, qui était remplie par Light, sa garde-robe, Light, sa ligne, Light, et les dramas auxquels elle allait participer, et éventuellement ceux qu'elle allait voir. L l'aurait presque enviée. Il savait qu'il allait mourir un jour, et Misa aussi, mais quand ils seraient morts, alors ce serait elle, avec son existence égocentrique et superficielle, qui aurait été la plus heureuse. Parce qu'elle était aussi blonde et lumineuse qu'il était brun et sombre, aussi décorative qu'il était décalé, parce que ses pensées avaient la profondeur d'une flaque de pluie et les siennes celle de la fosse des Mariannes, parce que l'ardeur avec laquelle lui pourchassait Kira, elle l'utilisait à pourchasser Light, avec un succès équivalent. Et dans l'immédiat, il lui suffisait de lui réserver un étage entier de son bâtiment pour la rendre heureuse. Oui, ça devait être bien, d'être Misa-san.
Mais L ne perdit pas de temps à se morfondre sur son soudain et profond désir d'être une chanteuse habillée en poupée gothique. Il avait de bien plus sérieux problèmes à régler que l'élargissement de son cercle d'amis.
Quoique la vie commune, plutôt que la solitude, avait du bon, parfois. Si parler l'aidait à faire le tri dans sa tête, frapper de toutes ses forces était d'une assistance appréciable pour la débarrasser de l'inutile. L mis tous ses muscles, c½ur inclus et toutes ses connaissances en Capoeira au service d'une saine altercation avec ce Kira qui refusait de l'être.
Et fut presque déçu d'être interrompu par ce crétin de Matsuda.
C'était agréable aussi, de ne pas louvoyer, d'aller droit au but. De casser quelque chose, non pas parce que c'est indirectement nécessaire mais de par la simple envie de casser quelque chose. Que ce soit la sale tête de Yagami-kun ou l'amour-propre de ce pauvre jeune flic. Qui ne serait sans doute pas fâché de terminer cette enquête.
Tellement pas fâché même, qu'à peine Yagami-kun eut-il mis la main sur l'intéressante société Yotsuba, Matsuda s'y était joyeusement précipité dans l'espoir visiblement de prouver l'évidence. Parfois L se demandait si lui et Misa-san n'étaient pas en compétition. Ceci dit, cette infiltration surprise, si elle ne fit pas avancer l'enquête d'un pouce, lui permit au moins de se défouler encore un peu sur le jeune policier. Et si L te d'mandait d'te jeter par la fenêtre tu l'ferais ?
Il semblerait, oui.
La poursuite de Kira, pensa L une énième fois, lui apportait décidément bien des expériences nouvelles. Il avait joué au tennis et même perdu. Il avait rencontré (et s'était lié avec, ha ha ha) des gens dont la conversation était réellement intéressante, et d'autres vraiment pas, mais alors pas du tout, et il s'était retrouvé à danser –disons, à tourner en rond en se tenant la main- avec les deux catégories de personnes susdites simultanément. Il avait révélé pas mal de choses, je suis L, je suis Erald Coil, je suis Deneuve, je suis associé avec une voleuse et un escroc, et encore vous ne savez pas tout. Il s'était déguisé en ambulancier. Il avait subi la présence de quelqu'un dans un périmètre de deux mètres autour de lui, 24h/24, et ça ne lui avait même pas tant coûté que cela. A Light, par contre, sans doute que si. D'ailleurs le fait que malgré les horaires de L il n'ait pas de cernes relevait du même type de miracle que les cheveux du détective.
Et maintenant il pilotait un hélicoptère (ce qui signifiait qu'il n'était entouré que de vitres transparentes) et en plus, il tendait un revolver chargé à son suspect principal.
Et L savait que ce n'était pas fini. Yagami-san, Mogi et les autres étaient agités comme si c'était la fin de l'histoire, mais L ne se faisait aucune illusion. Ce n'était qu'un Kira parmi trois autres au moins. Un Dieu parmi tant d'autres... enfin, on ne lui demandait pas d'arrêter tous les Dieux, seulement les mégalomanes qui se croyaient Dieu. Il y aurait encore beaucoup de temps, et beaucoup de sacrifices et expériences nouvelles avant que Kira ne disparaisse.
C'était tout de même un grand pas en avant.
Un pas en avant, essayait de se convaincre L. Un énorme pas en avant.
Mais L avait beau faire, ce fichu cahier, il ne l'aimait pas. Pas parce qu'il tuait les gens, pas parce qu'il était noir et moche, mais à cause de ces fichues règles marquées à la fin. C'était lui qui les avait trouvées, en plus. Un instant, il avait cru au miracle. « Aoyama », « le premier Kira », « le deuxième Kira », « Shinigami », ... Tout d'un coup tout pouvait être lié, par ces quelques pages faites d'une matière inconnue.
Mais non. 13 jours. 13 jours, c'était plus que 51. L espéra soudain que cette longue réclusion n'ait en fait duré que 10, 11, allez, 12 jours. Mais alors elle aurait été encore plus inutile, puisque Kira pouvait accorder un délai de jusqu'à 23 jours.
Et pourtant non. Non, ça ne collait pas. Ne serait-ce que ce chiffre ridiculement symbolique, « 13 », à côté de tous ces autres, 23, 6, 40, sans lien avec aucune croyance humaine. Ne serait-ce que ces deux règles isolées à la fin, comme par hasard les deux seules à lui mettre des bâtons dans les roues. Non, ce n'étaient pas – L ne voulait pas que ce soient- des coïncidences.
Toute règle pouvait être vérifiée.
L était, dans le fond, bien content d'être libéré de ces menottes ; si Light en tirait de la liberté de mouvement (bien qu'étrangement il n'en profitât pas), lui aussi se retrouvait à même de man½uvrer à son aise. Il passa une nuit entière à mettre au point un planning qui lui permettrait de vérifier toutes les règles majeures en tuant un minimum de gens. D'abord parce qu'il n'était pas Kira, et aussi parce qu'il ne s'agissait pas de massacrer une quarantaine de criminels, ce qui aurait pu attirer l'attention de Light Yagami. Car c'était lui. L n'avait plus le moindre doute là-dessus. Ses yeux, ses expressions avaient changé du tout au tout dès l'instant où il avait posé les doigts sur le cahier noir. Froideur, tendance aux sourires d'autosatisfaction, changements d'opinions, de comportements. Lorsque tout s'emballe, le spectaculaire ne fournit presque jamais la réponse. Rien ne sert d'écarquiller les yeux, il faut les poser sur le suspect. Yagami Light.
Peut-être que malgré tout, l'histoire approchait du point final.
L reposa sans bruit le Death Note sur la table. Comme un voleur, alors qu'en fait, il était un assassin. Tant pis, ce n'était pas la première fois. L'homme qui avait sacrifié une adolescente à sa cause pouvait bien supporter le poids de quelques malfrats.
L ne s'en appliqua pas moins à ressentir jusqu'aux tréfonds de lui-même ce poids. Jusqu'à ce qu'il en soit écrasé, jusqu'à en avoir des impulsions stupides, comme se tuer ou se mettre à pleurer. Jusqu'à ce que la douleur lui donne envie de crier. Parce que ce cahier était une révolution dans le crime. Il n'y avait rien d'étonnant à ce que Kira se prenne pour un Dieu.
Tuer quelqu'un à l'arme blanche, de même que le brûler, le noyer, n'avait rien de facile. Parce qu'alors on sentait physiquement la mort passer tout près, la souffrance, parce qu'il n'y avait pas de moyen d'échapper à la sentence intérieure. C'est moi, moi tout seul, qui l'ai tué.
L'arme à feu avait été une première révolution. L'objet lui-même n'avait plus l'apparence du danger immédiat. Nul besoin d'être en contact. Avec la puissance des armes, la distance entre le tueur et sa victime, entre le tueur et la mort, avait augmentée. Et puis c'était devenu si facile. Juste un mouvement de l'index, même pas de bruit pour peu qu'on ait du bon matériel. Mais demeurait le contact visuel. Demeurait ce mouvement du doigt qui malgré tout n'était pas anodin.
Le Death Note était la nouvelle révolution. L'arme absolue. Un simple nom, et puis comme une plaisanterie, quelqu'un là bas, loin, mourait. Si loin que c'en était irréel. Pas besoin de voir mourir, pas de geste dont l'empreinte se gravait en soi. Juste écrire. Comme tous les jours, avec un bête stylo. Il y avait même des lignes, pour tuer correctement. Ça semblait tellement ridicule, l'½uvre d'un malade, un jouet malsain. Si L avait dû représenter le pire, il l'aurait décrit ainsi. Ce bout de papier qui donne le droit et le devoir de tuer.
Plus qu'à attendre. A l'aube du quatorzième jour, il saurait. Puisqu'il restait encore quelques minutes avant l'aube, il regarda la date du jour qui commençait. Le 23 octobre.
Plus que 14 jours.
L'attente confirma les conjectures de L, allégeant un rien sa conscience. A peine Misa-san avait elle réintégré son domicile que les criminels recommençaient à tomber, après une courte pause (sans doute due à l'arrestation d'Higuchi). Il eut l'intuition qu'il était préférable de garder cela pour lui –et L, depuis que les preuves matérielles s'étaient mises à le contredire, avait appris à croire ses intuitions-, mais il sembla que personne d'autre n'était disposé à dire autre chose que 'un autre Kira, zut alors, il va falloir le trouver'. La prolifération des candidats au Panthéon ne les étonnait même plus. Il fallait décidément tout faire soi-même ici. Dès qu'il eut énoncé cette évidence qui semblait une fois de plus choquer ses coéquipiers, Yagami-kun s'empressa de porter la conversation, d'ailleurs assez incongrument, sur le châtiment encouru par Kira. La mort, de toute évidence. Quel autre chemin ? La perpétuité. Mais plus probablement l'exécution, secrète, solitaire, une mort minable.
Quel besoin avait Light-kun de demandait ? N'était-il pas capable de mesurer les risques qu'il prenait ?
Il sentit soudain un regard, fixe, brûlant de haine dans son dos comme le viseur d'une arme. Derrière lui, il n'y avait pourtant rien que...
Le Shinigami. Light-kun, privé de son joujou, essayait de manipuler le Shinigami. Mais en quoi les notions d'exécution, de prison pouvaient-elles intéresser un Shinigami ? Ce n'était pas Kira, ce Shinigami, tout de même. Qui d'autre craindrait pour Kira ?
Pas pour Kira.
Pour le deuxième Kira. Pour Amane Misa. Ça n'avait rien d'impossible. Il suffisait de voir la façon dont ce Shinigami restait à proximité lorsqu'elle était là. Et chaque fois qu'il posait une question un brin pointue, qui sortait des prévisions, ou encore dont la réponse l'aurait certainement fait avancer, il n'obtenait que 'Je ne sais pas'. Un Shinigami qui ignorerait, au sujet de son propre Death Note, des éléments que Kira saurait ? Impensable.
Le Shinigami.
Il n'était rien que L puisse faire contre un Shinigami. Mais il avait encore un peu, un tout petit peu de temps.
Restait à savoir comment l'employer.
Au petit matin du 5 novembre 2004, L pénétra silencieusement dans la pièce où, jour et nuit, Watari surveillait des moniteurs et effectuait les recherches nécessaires. Le vieil homme ne se retourna même pas. Il savait toujours quand L. Lawliet était là.
- Je vois que tu avais raison, L. J'en suis fort soulagé. C'étaient les 13 jours les plus longs de mon existence.
Silence.
- J'ai bien sûr conservé les preuves que tu m'avais confiées. Elles sont toutes conservées dans trois dossiers différents, et je vérifie les piratages et hacking toutes les trois minutes.
Silence.
- Je crois que tu vas pouvoir écrire une fin au plus long rapport que tu m'aie jamais donné à réaliser. La même fin que d'habitude. Félicitations, L.
Silence.
-Un terme...
Watari consentit enfin à se retourner. Il y avait quelque chose de différent dans l'image qu'offrait L, avachi debout dans ce pâle halo de lumière bleue, entouré de ténèbres. Quelque chose de presque triste.
- Ça ne va pas ?
- Je... Je ne sais pas ce que je dois faire.
Watari attendit qu'il continue. Il n'était rien qu'il puisse dire. Ce n'était pas une question d'état d'âme, et ce n'était pas à lui de décider pour L. Ce dernier énonçait simplement un fait.
- Je peux maintenant prouver presque à coup sûr que Yagami Light est Kira. Il suffit que je leur expose les faits, maintenant, et je n'aurai plus ensuite qu'à affiner. Il en va de même, bien sûr, pour Amane Misa.
Silence.
-Mais ?
- Mais... je n'en ai pas envie.
Cette remarque aurait pu, dans n'importe quelle autre bouche, être puérile. Mais c'était justement L.
- Je sais que Yagami-kun est Kira depuis que je l'ai vu. Je sais que Misa-san est le deuxième Kira depuis presque aussi longtemps. Tout le reste n'est que circonvolutions et ne sert à rien, qu'à gagner du temps. Cette enquête est, de toute l'histoire du crime, la plus longue, la plus complexe et la plus meurtrière. Mais depuis que c'est Light-kun, et pas Yagami Light. Depuis que c'est Misa-san, et plus Amane Misa. Je n'ai plus envie d'être celui qui les mènera à l'échafaud. Je sais que c'est égoïste, et puéril. Mais... j'ai fait tant de choses que jamais, jamais je n'avais faites. J'ai perdu Misora Naomi, que j'aimais bien. J'ai conduit un homme à sa perte, et j'en ai tué d'autres. Je me suis battu. J'ai fait la ronde comme si j'étais en maternelle. J'ai souri, parce que vraiment, j'avais envie de sourire. J'ai piloté un hélicoptère, eut un revolver dans ma poche, fait la course avec la voiture de Higuchi. Joué aux échecs. J'ai discuté toute la nuit de choses et d'autres avec Light-kun. J'ai mis au point avec Misa-san un numéro convaincant. C'était crucial, vital, mais ça ressemblait tellement à un vaste jeu. Comme un jeu vidéo en ligne. J'ai passé tous les niveaux, mais maintenant que j'atteins le boss final, comme dirait Matt, je me retrouve catapulté dans la réalité. Et dans cette réalité, la question n'est plus d'abattre le boss final, mais de choisir de l'abattre ou pas.
- C'est parce que ce sont des amis, L. C'est le principe même de l'amitié. Tu n'es pas venu me demander ce que tu allais faire, n'est-ce pas ? Tu sais déjà.
- Oui, effectivement. Mais je ne crois pas avoir raison. Je sais ce que tu vas dire : 'c'est le principe du dilemme'. Là n'est pas la question.
Silence.
- Je ne viens parler aux gens que de ce qui les concerne. Tu le sais bien. Parce que je suis seul. Ce qui me concerne ne peut être décidé que par moi.
Silence.
- Watari.
Silence.
- Si je... Quand je ferai, ou ne ferai pas, ce que j'ai décidé, il est certain que je vais mourir.
Silence.
- Il est hautement probable que toi aussi, tu meures. A cause de moi. A cause précisément de cet anonymat que j'ai mis en place. A cause de ce choix. Alors...
Il haussa les épaules. Silence.
- Je voudrais savoir ce que tu en penses.
- Rien qui t'importe. Juste, je suis vaguement honoré de disparaître avec toi, L.
Silence. L se retourna.
- Mais pour répondre à ta question, on a toujours raison quant on choisit d'être humain. Surtout toi, Loan L Lawliet.
Loan L Lawliet se retourna avec son sourire enfantin. Watari avait le don de répondre aux questions qu'il ne posait pas. Il avait beaucoup de dons, en fait. Celui de lui rappeler qu'il n'était pas juste une lettre, pas juste un détective. De lui rappeler qu'il était aussi un jeune homme de 25 ans et 5 jours qui s'appelait Loan. De lui rappeler que même si les deux seules personnes au monde à le savoir ne seraient bientôt plus, ce serait toujours vrai. Quillsh Wammy seul avait ce don. Il méritait largement que L lui dise au revoir en personne.
Il aurait tout de même bien voulu que Light le lui dise. Sous la pluie, battante, au son assommant de ses souvenirs qui, en ce moment de sa vie, le seul qu'aucun tueur ne puisse lui faire répéter. 'Dis le moi, Light. Tu le sais que je n'en ai plus pour longtemps. Tu le sais qu'ici, là tout près du ciel qui crache tout ce qu'il peut, rien de ce que tu dis ne peut être utilisé comme preuve. Tu le sais, que ma question est indirecte, et tu sais que c'est parce que je veux juste savoir. Mais tu mens encore.
Je vois. C'est ma défaite totale que tu souhaite ? A ton aise, Light. Je vais mourir pour toi et Misa-san, je peux bien te la laisser. Je peux bien me laisser aller. A risquer la bronchite, à te dire, moi, la vérité, que je suis triste, parce que même ainsi, même en allant si loin et en sacrifiant tant de monde pour que toi tu vives, moi je ne vivrai pas, et qu'on sera séparés bientôt alors que j'avais encore tellement de choses dont je voulais débattre. Tant de parties d'échecs que j'aurai pu perdre ou gagner. Tant de gâteaux que j'aurai pu te prendre. Mais tu ne sauras jamais mon nom. Tu ne l'écriras pas toi-même. Je sais que tu le regretteras toujours. Alors je peux bien te concéder cet énième mensonge.
Il fut un temps ou je ne t'aurai jamais laissé. Jamais je n'aurai lâché prise, parce que tant que tu n'étais pas derrière les barreaux, j'étais tourmenté jour et nuit par tes meurtres. Alors que là, je me sens si apaisé. Un dernier cadeau de mon cerveau qui sait qu'il va mourir et que l'inquiétude ne peut plus lui être d'aucun secours.
Pourtant à peine assis je me remets à chercher. Mes méninges fonctionnent à 100 à l'heure. Dans le temps qui me reste, je dois leur donner le maximum d'éléments. Pas les preuves, non. Mais tout le reste. Vite.
Tu vas me prendre ma vie et même celle de Watari, Light. Je trahis pas mal de mes principes pour toi, mais je ne peux pas non plus tout te donner. Pas la voie que j'ai choisie il y a des années de cela. Il faudra bien que quelqu'un te retrouve, Light, tu ne peux pas tuer éternellement. Je te laisse quelques mois, quelques meurtres. Le tout, c'est que ce ne sois pas moi qui te tue. C'est lâche ? Oui. C'est égoïste ? Oui. C'est grave ? Pas pour moi dont le monde va s'évanouir. Et je ne regrette pas.
Soudain tout devient rouge, rouge sang. C'est l'écran de l'ordinateur. Watari. Non, pas déjà. Watari. Et soudain je regrette. Quillish Wammy.
Watari !
Le son de ma voix m'apprend que j'ai laissé échapper son nom.
Non, en fait. Pas son nom. Jamais Kira ne le saura. Pour que nous ayons gagné quand même, je ne dois pas le prononcer. Mais en moi, je le crie. Je t'appelle, pour que tu restes encore un peu. Ça ne t'aidera pas, et je le sais, mais j'ai envie de crier. Pour que tu saches, quand même, que je veux que tu sois en vie.
J'ai du mal à croire que tu ne sois plus. Ça fait si longtemps que tu restes près en silence. Tellement de mal que je remarque à peine...
Mon dernier battement de c½ur résonne en moi comme une cloche soudain si près
Moi si agité je me fige soudain je ne peux plus bouger je ne peux plus penser
La lumière rouge change et devient blanche.
Et je me souviens. Inutilement Soudainement Parfaitement Brusquement
je me souviens
Comme si j'y étais encore en un éclair le poing de Light le pépiement idiot de Misa puis Ukita qui tombe Aizawa qui serre les dents Mogi comme un rocher Yagami père d'un tueur et puis Naomi
Et puis un enfant qui pleure son de cloche je le sais je l'ai tué Light aussi / Beyond Birthday
Un autre enfant qui pourrait pleurer son de cloche je le sais je l'ai tuée...moi seul / Ael Aurety
Le passé devient présent puis futur et d'autres enfants Nate Mihael Mail et
Loan
Moi ? De la neige et le silence
Et encore des cloches Matt Mello Near A B et encore le silence et
Light.
Yagami Light.
Son sourire est horrible mais je sais qu'il ne durera pas. Dans un instant tu feindras de me regretter, déjà tu cries un nom qui n'est pas le mien, Ryûzaki, Ryûzaki, tu aurais aussi pu dire Ryûga, Ryû, comme le dragon. Je ne suis pas un dragon, ni même une lettre je suis une personne. Et malgré ce sourire et malgré ces yeux je voudrais que tu cries plutôt Lawliet.
Car je sais que j'avais raison.
I knew it... I wasn't wrong... but...I...
Je le savais... Je ne me trompais pas...Mais...Je...
Mais...Je voudrais que lorsque tu feras semblant d'être abattu et furieux tout à l'heure, alors je voudrais que tu sois ne serait-ce qu'un tout petit peu sincère
Mais... Je sais que ce n'est pas fini Je te retrouverai là où vont ceux qui ont tué. Bientôt. Toi et Misa-san.
Mais... Je...
