L is for Lethal /2

L is for Lethal /2
En mai 2002, Beyond Birthday commença à bouger.

Le premier meurtre eut lieu le 31 juillet 2002, à Los Angeles. Believe Bridesmaid, un auteur de bas étage, avait été étranglé dans sa demeure à Insist Street. Ce meurtre n'avait rien qui eut pu indiquer à L que cette fois c'était l'½uvre de B. A ceci près qu'il était parfait, et complètement irréalisable. Il réunit toutes les informations disponibles et les garda dans un fichier spécial; personne ne fit appel à lui, le mort n'étant pas quelqu'un d'important. Du point de vue des autorités, ce cas fut rapidement classé, étant une complète énigme.

L n'eut pas à attendre longtemps. Le 4 août de la même année, à Third Avenue, une jeune fille de treize ans, Quarter Queen, était frappée à la tête et mourait. Un autre meurtre parfait. Aucun lien n'existait ni entre les deux victimes, ni entre les deux meurtres, à l'exception des poupées clouées sur les murs des deux scènes de crime, tous deux des meurtres en chambre close. Quatre à Insist Street, Trois à Third Avenue. On commençait à parler du Los Angeles BB Serial Killer Case.

En ce mois d'août 2002, L commença à bouger.

Cependant, il ne pouvait se déplacer seul. Il ne pouvait pas – ne pouvait plus se permettre de se mettre en danger. Il allait devoir utiliser un intermédiaire. Pas Watari. Pas cette fois. Watari était trop impliqué là-dedans... L tenta de remettre au clair ce qu'il voulait, exactement. Il était rare qu'il ne le sache pas, et cela ne lui plaisait pas.
Il voulait un duel seul à seul avec Beyond Birthday. Un intermédiaire qui ne signifierait rien. L versus B. C'était ce que B recherchait, et L savait pertinemment que s'il demandait de l'aide à qui que ce soit d'autre, B s'évaporerait dans la nature. Hors de question. Ce duel promettait d'être intéressant... et L savait qu'il devait cela à B. Un jour ou l'autre, il faut payer pour ses crimes, qu'ils soient nés d'une erreur ou d'une longue préméditation. Il était le premier à le savoir.
Une justice qui n'existe que lorsque les valeurs en jeu dépassent le cadre de la loi. Celui qui gagne aura raison. Celui qui perd est coupable.

L se cala dans son siège avec un certain soulagement. Il était rare que Watari soit aussi réticent. Comme s'il savait...c'était l'une des rares choses au monde que L Lawliet ne parvenait pas à comprendre.
"L..."
- Oui, Watari. Hong Kong. Je pense que c'est par là que nous devrions chercher.
"Tu es la dernière personne que j'imagine faire des bêtises. Si quelque chose ne va pas, tu peux me le dire. Je sais que je n'aurai jamais la moitié, ni même le quart, ni même 1% de tes capacités, mais..."
- Je vais magnifiquement bien, Watari. J'ai même dormi trois heures cette nuit, grâce à vous.
"Comme tu veux. Mais je te connais, L. Chaque fois que tu m'interromps, et chaque fois que tu m'envoies aux antipodes sans explication, c'est que tu va mettre à exécution un plan douteux. "
- La dernière fois que je vous ai interrompu, c'était avant-hier, au sujet de la tarte aux framboises. Et la dernière fois que je vous ai envoyé "aux antipodes", comme vous dites, c'était lorsque vous avez été à Osaka au sujet de Satsuhana. Les deux fois étaient parfaitement justifiées.
" Je... très bien. Tu peux démontrer ce que tu veux, L, je sais que j'ai raison. Et toi aussi. "
- Watari, il faut que vous alliez à Hong Kong. L'avion part dans deux heures. Je vous promets de ne pas faire de fugue et de ne pas braquer de banque sans vous avertir.

Et il avait raccroché. Watari savait toujours. Il était pourtant sûr de ne pas avoir commis d'erreur. Il maîtrisait sa voix, ses intonations. Alors... ? Mais L avait d'autres chats à fouetter que les fulgurantes poussées d'intuition dont font brusquement preuve les gens pour des raisons obscures.

Il lui fallait quelqu'un de talentueux. Il ne s'agissait pas de recruter n'importe qui. Mais... il ne pouvait se permettre de demander l'aide du FBI ou de la CIA. Une montagne de paperasses à remplir, voilà tout ce qu'il réussirait à obtenir, avec pour seule justification à fournir : ''raisons personnelles". Il pensa à Wedy ou Wanderer, ou peut-être Aiber... Mais L savait qu'ils ne pouvaient travailler que sous le secret le plus absolu, et B ne mettrait pas une semaine à découvrir le pot aux roses, et il saurait y reconnaître la marque de L. Il ne pouvait pas non plus se permettre de perdre stupidement un collaborateur précieux. Le suicide de Satsuhana lui avait suffi, inutile de réitérer cette sale affaire et de fragiliser les liens avec tous les autres. Non, décidément, ils n'avaient pas le profil. Il lui fallait quelqu'un dont B ne se méfierait pas, mais qui attiserait suffisamment sa curiosité... laisser planer le doute. Mais qui...?
Son regard, qui parcourait depuis près de deux heures les diverses listes de membres de tout aussi divers bureaux, se figea. C'était si bête. Il lui fallait une personne douée, dans la mesure du possible, mais dont le recrutement ne passe pas par une procédure officielle. Donc... un ex-agent du FBI, de la CIA, un ancien inspecteur de police... Il n'avait que l'embarras du choix.
C'est après deux heures de tergiversation entre Lasley, Janet et Swarth, Brian que L trouva la perle rare. Il arrive que même lui ait une certaine chance... même si L n'avait jamais cru à la chance. Il imprima la page. C'était si rare qu'une personne si intelligente soit en "retraite", apparemment volontaire.
- Misora Naomi. Parfait.

Moins d'un quart d'heure plus tard, L, parfaitement conscient et indifférent au fait qu'il se comportait comme un goujat de dernière catégorie, piratait l'ordinateur portable de la jeune femme. Il ne pouvait pas utiliser sa propre adresse pour lui envoyer un message... bien trop risqué. Raye Penber, un ancien collègue, apparaissait dans les contacts privés. Probablement le fiancé de Misora, ou au moins un ami proche. Exactement ce qu'il fallait. Cela lui ferait probablement plaisir, dans une période pareille, de recevoir un message d'un proche...

"Mlle Naomi Misora,
J'ai besoin de votre collaboration afin de résoudre une enquête. Si vous acceptez, veuillez s'il vous plaît accéder au serveur Funny Dish, troisième section, le 14 août à 9h. L'antivirus permettra la connexion pendant cinq minutes.
L.
PS : Je tiens à m'excuser de vous contacter d'une manière aussi déplacée. J'ai pensé que la voie la plus sûre pour vous joindre était d'emprunter l'adresse de Mr Penber. "

Plus qu'à attendre quelques heures. Avec le décalage horaire, il devait être environ cinq heures quarante-huit du matin là où se trouvait Misora, elle le recevrait donc dans trois ou quatre heures...En espérant qu'elle ne profite pas de son congé pour faire la grasse matinée. En espérant également que Penber ne soit pas le pitre de service du bureau d'investigation, et que la jeune femme ne croie pas à une stupide plaisanterie. Ce serait dommage, Naomi Misora était exactement le type de personne qu'il recherchait. Elle était suffisamment douée pour inquiéter B, pour le forcer à apparaître au grand jour... Il prendrait de plus certainement la peine de faire des recherches et il ne tarderait pas à découvrir que L était derrière tout cela. Et donc, par provocation, il pouvait très bien prendre des mesures excessives...et faire une erreur.
La seule question qui demeurait, c'est ce que cherchait B avec ces meurtres, et ces poupées... Il y avait aussi cet avertissement envoyé au LAPD, sous forme d'une grille de mots croisés qu'il n'avait pu se procurer que trop tard. Tout semblait si bien pensé. La police ne pouvait faire le lien, il n'y avait qu'eux. Un défi lancé à L, sans aucun doute. Mais où voulait-il en venir... ou plutôt, jusqu'où irait-il ?

Les réflexions de L furent interrompues par un petit signal sonore. 8h55, Naomi Misora venait de se connecter sur Funny Dish. Il leur restait dix minutes. Il s'accroupit devant l'écran et enfonça une touche pour activer le micro.

"Enchanté, Misora-san. Je suis L. Si vous le permettez, je serai direct. Avez-vous entendu parler de l'affaire des meurtres en série de Los Angeles?"
La réponse ne se fit pas attendre.
"Vaguement, je ne connais pas les détails..."
"Trois meurtres ont déjà été commis depuis le 31 août de cette année, des meurtres d'une complexité qui dépasse les capacités de la police de Los Angeles. Et tout porte à croire qu'il y en aura sans doute d'autres."
"Je comprends."
"Je veux régler cette affaire. Je dois arrêter ce tueur. Et pour cela, j'ai besoin de vous, Misora Naomi-san. "
"Pourquoi moi ?"
"Vous êtes d'après mes informations, l'une des plus talentueuses en matière d'investigation."
"Je suis actuellement en congé."
"Je le sais."
S'ensuivit un long silence. L savait qu'elle ne refuserait pas. Elle était femme à penser que c'était un moyen de "rattraper" son erreur commise il y a un mois. Un moyen de renouer avec ce milieu...
L ne se trompe que très rarement. Deux minutes avant que la connexion soit interrompue, sa réponse s'inscrivit sur l'écran.
"Très bien. Je ne pense pas être la mieux qualifiée pour cette enquête, mais je vous apporterait autant d'aide qu'il me sera possible."
"Merci beaucoup. J'étais sûr que vous ne refuseriez pas. Bien, maintenant, passons aux éléments plus concrets. Je vais vous envoyer un contrat qui vous permettra de vous faire passer pour un détective engagé par la famille d'une des victimes. Vous trouverez des informations plus détaillées auprès de la police de Los Angeles. Pour ce qui est de me joindre, je vais vous donner un numéro..."

L retourna à l'étude des trois poupées. Il était clair que les meurtres ne s'arrêteraient pas là. Il lui fallait trouver le lien au plus vite... Les poupées, l'avertissement... ce n'étaient que la partie émergée de l'iceberg. B ne cherchait pas à commettre ses meurtres dans l'impunité et l'anonymat. Il aurait laissé d'autres indices... S'attendait-il à ce que L vienne les chercher en personne ? Que cherchait-il à prouver ? Et toujours, la menace du quatrième meurtre, de la dernière poupée, qu'il ne pourrait pas empêcher... Et si...

Le fil de sa pensée fut coupé net par la sonnerie aiguë de la Ligne 4. Misora-san. Il lui répondit brièvement, presque sèchement.
"Oui ?"
"Je suis à l'adresse indiquée."
"A l'intérieur de la propriété ?"
"Non, dans la rue."
"Rentrez à l'intérieur, la porte n'est pas fermée. Ne raccrochez pas, dites moi dès que vous trouverez quelque chose. "
"Je voudrais savoir au moins ce que vous voulez que je trouve."
L mûrit un instant sa réponse avant de la lui donner.
"Une connexion. Un lien entre les victimes, qui serait devenu plus évident maintenant. Je veux savoir s'il choisit ses victimes au hasard...ou non."

Sans doute que non. 76 % de chances que non, évalua le détective. B n'aurait rien laissé au hasard; en donner l'apparence n'avait certainement d'autre but que de dérouter ceux qui pourraient faire obstacles...
Mais il n'avait pas assez d'éléments. Lassé d'attendre, il demanda à sa représentante sur le terrain ce qu'elle pensait du coupable.
"Je...Je ne pense pas pouvoir donner d'avis utile..."
"Laissez moi juger de l'utilité ou non de votre avis, Misora-san. A moins que vous n'ayez rien noté, j'aimerais connaître votre opinion."
"Eh bien... Il y a un certain nombre de choses que je trouve...bizarres. Le meurtrier a effacé toute trace digitale dans la pièce, non seulement les siennes mais même celles de sa victime... Alors qu'il aurait suffit de porter des gants. "
"Bonne observation, Misora-san. Quelque chose d'autre ?"
Un court instant de silence. L ne comprendrait jamais en quoi il était si saisissant qu'il approuve quelque chose de temps en temps.
"En dehors de cela, même si mes recherches n'ont pas encore été très poussées, il me semble que ce meurtre est parfait. Que le meurtrier n'a pas commis la moindre... erreur."
Evidemment. B n'aurait pas commis d'erreur. Il savait que je le saurais.
Par contre, vous, Naomi-san... Même le mot "erreur" vous est pénible ?
"Absolument. Je ne pense pas non plus qu'il en ait fait. "
"Que puis-je faire, alors ?"
"Ce ne sont pas des erreurs que vous êtes venue chercher, Misora-san. Ça, c'est le travail de la police. Cherchez autre chose, s'il vous plaît. Quelque chose qui ne soit pas une erreur."
Est-ce vraiment prudent pour elle et pour moi de préciser davantage ?
"Une preuve laissée derrière...exprès."
S'ensuivit une série de questions redondantes et pléonastiques auxquelles L répondit machinalement.
Si B veut me défier, il aura nécessairement laissé quelque chose. Un signe avant coureur, comme cette grille de mots croisés.
Ou bien savait-il que je penserais ainsi ? A-t-il réellement choisi des victimes au hasard, ou plutôt, simplement parce qu'elles étaient a priori impossibles à tuer et sans lien avec les autres ? Cherche-t-il juste à me soumettre une enquête impossible, par provocation ?
Et si... si ce n'était que le début ? Une façon de me frustrer et de m'obliger à sortir moi-même pour trouver ce que personne ne trouvera à ma place ?
"L, peut-être que Believe Bridesmaid a été tué à cause de ce qu'il écrivait ?"
"Non. Certainement pas. Aucune des deux autres victimes n'a de lien avec lui ou ses écrits. Je le sais, je les ai tous lus."
Vous n'imaginez même pas à quel point votre hypothèse est risible, Naomi-san.
"Vous devez avoir raison. Je pense aussi qu'il a laissé des indices... mais pour les trouver... Cependant, je ne pense pas qu'il y ait de lien entre les victimes. Ils ont, je pense, simplement été choisis pour la possibilité de meurtre en chambre close... et en les dispersant aux quatre coins de Los Angeles, le meurtrier pensait peut-être, à juste titre, que la police enverrait des équipes différentes, ce qui rend difficile d'avoir une vue d'ensemble... Tuer une enfant... apporte des doute supplémentaires, je pense."
"Tuer un enfant" ? Est-ce votre sensibilité, ou est-ce que...
Ce n'est pas la question.
"Vous avez peut-être raison, Misora-san, j'y réfléchirai sérieusement. Quant au nombre de meurtres... Je souhaiterais que vous trouviez quelque chose rapidement. Sinon, nous devrons de toute urgence sauter les étapes et aller chez Backyard Bottomslash, la dernière victime. Le temps nous est compté et j'ignore le délai."
"Co-comment ?"
"Ne me dites pas que vous ne l'aviez pas déduit ? Il est clair qu'il y aura quatre meurtres, et nous n'en sommes qu'à trois."
"Quatre meurtres ? Pourquoi pas trois... ou alors cinq ou six ?"
"Il y a trois poupées chez Bridesmaid, deux chez Queen, une chez Bottomslash. Alors, il ne reste plus qu'une poupée. Plus qu'un meurtre..."
"Pourquoi pas deux ? On peut aller jusqu'à..."
"Non. S'il y a zéro poupée, le lien est impossible à faire. Ce n'est pas ce que le coupable veut. J'en suis certain à 97%."
Silence.
"Alors... la prochaine fois sera la dernière..."
"Il n'y aura pas de prochaine fois, Misora-san. Maintenant que nous sommes là."

"L, je sais que nous n'avons pas le temps d'en perdre, mais... je voulais vous demander... Pourquoi m'avez-vous choisie pour coopérer avec vous ?"
"Tout simplement parce que vos talents de détective sont impressionnants."
"Saviez-vous que j'étais...que je suis en congé ?"
"Oui, bien sûr. C'est une autre raison pour laquelle j'ai fait appel à vous."
"Savez-vous... pourquoi ?"
"Pourquoi vous êtes en congé ? Non, je ne sais pas. Vous voulez que je trouve ? Ça ne me regarde pas, mais si vous pensez qu'il est préférable que je sache, donnez-moi juste une minute..."
Silence.
"Non, ce n'est pas la peine. Euh....comment suis-je supposée empêcher un quatrième meurtre ?"
"En cherchant le lien, Misora-san".
"Mais, qu'est-ce qui vous fait croire à ce point qu'un tel lien existe ?"
"Parce qu'il y a eu un avertissement avant. Le 22 juillet dernier, neuf jours avant le premier assassinat, la police a reçu une grille de mots croisés, si ardue qu'elle en paraissait impossible à résoudre. La police n'a pas pensé qu'il pût y avoir un lien, et a rapidement oublié cet incident. Je me suis procuré et ai résolu cette grille. Et j'ai obtenu l'adresse à laquelle vous vous trouvez. Quand aux dates... 9 jours séparent la réception de cette lettre par la police, et neuf autres jours séparent les deux derniers meurtres. Il y a peut-être un lien à ce niveau, aussi."
"Mais il ne s'est passé que quatre jours entre le premier et le deuxième meurtre...neuf-quatre-neuf... "
"C'est un fait. Bien, quoi qu'il en soit, le coupable clairement semé des indices derrière lui. Je vous laisse les trouver, Misora-san; je dois vous laisser, il y a certaines choses que je dois faire. Veuillez m'en excuser. "
"Très bien. Je vous rappelle si je trouve quelque chose d'intéressant."
"Je ne doute pas que vous trouviez, Misora-san, j'attendrai vos bonnes nouvelles. La prochaine fois, veuillez me joindre par la Ligne 5, s'il vous plaît."

Il raccrocha.

A des kilomètres de là, Misora Naomi faisait la rencontre d'un jeune homme bizarre, coiffé comme l'as de pique et vêtu bizarrement.

Beyond Birthday. Tu ne devrais pas tarder à te montrer, maintenant. Il y a presque 20% de chances pour que tu aies entendu la conversation que j'ai eue avec Naomi Misora. Reste à savoir comment tu vas te manifester.
Si j'étais B, qu'est-ce que je ferais ?
L n'essayait jamais ce genre de processus d'identification; s'il avait été à la place des criminels, alors il n'aurait pas commis d'erreur ni d'imprudence, et l'imaginer ne lui donnait que des migraines. Mais il s'agissait là d'une personne dont le mode et le niveau de raisonnement étaient calqués sur les siens.
Si j'étais B, j'essaierai de rentrer en contact avec Misora-san. J'essaierai de l'utiliser pour remonter jusqu'à L.
Un pion manipulé par les deux joueurs.

Au moment où L concluait que le déguisement le plus compatible serait celui d'un membre de la famille, le Ligne 5 sonna.
"Misora-san, je vous écoute."
"Je viens de rencontrer un type bizarre qui se fait appeler Ryûzaki, Ryûzaki Ruee et qui se prétend détective, mais il n'a pas de clause confidentielle... et encore plus étrange, il est en possession de vos mots croisés. J'avoue que je ne sais pas du tout comment je suis supposée m'y prendre avec lui. Que pensez-vous que je doive faire? "
"Est-ce qu'il présente bien ?"
"Je...je vous demande pardon ??"
"Je vous demande si ce détective présente bien. "
"Ah...non. Non, pas du tout. A mon avis, on devrait le faire enfermer... C'est ce que je ferais, si je n'étais pas en congé, d'ailleurs. "
"..."
"L- euh, Monsieur ?"
"..."
Un détective, hein. C'est un pied de nez, ça... mais c'est tellement osé. C'est bien trop facile. Il me suffirait d'ordonner à Misora-san de l'arrêter, là maintenant tout de suite. 23%.
Mais il sait que je ne le ferai pas... pas sans preuve. Ce serait une défaite. 31%.
En résumé, je ne peux qu'attendre.
Mais quand même. "Ne présente pas bien du tout". Il exagère, là.
"Excusez moi, Misora-san. Le mieux est sans doute que vous coopériez avec lui; qui sait, s'il enquête depuis plus longtemps que nous, il aura peut être trouvé quelque chose. Et puis... Ne serait-ce que pour le tenir à l'½il. Je vais chercher des informations à son sujet de mon côté; essayez de déterminer s'il a vraiment été engagé par un parent de Bridesmaid."
"Très bien."
"Où est-il, ce détective ?"
"Toujours au rez-de-chaussée. Moi, je suis montée dans la salle de bain."
"Parfait. Rappelez-moi quand vous voulez."

Il raccrocha.

Tandis que Naomi débattait des qualités de l'anime adapté d'Akazukin Chacha avec son nouveau collègue, L se connecta à Internet. Le piratage d'une centaine de sites et pages informatiques, dont une vingtaine parmi les plus protégées au monde, lui apprit que non seulement il n'existait pas de clause ni de poste de détective privé au nom de Ruee Ryûzaki, mais qu'en plus il n'existait pas de Ruee Ryûzaki tout court. C'était donc un pseudonyme. Le visage du garçon aux cheveux sombres s'imposa à son esprit en filigrane. Il était particulièrement tentant de penser à lui.
D'après les hésitations et l'air en confusément paniqué de Misora – qui amenait L à se poser un certain nombre de questions sur l'efficacité de son choix, tout bien réfléchi- il devait non seulement ne "pas présenter bien", mais en plus avoir vaguement l'air d'un névropathe. Ceci dit, ce n'étaient que suppositions. Il devait absolument se garder des conclusions faciles et trop évidentes.
Ceci dit, n'était-il pas vraisemblable que B, dans sa hargne et sa hâte entrer en contact avec L, saute sur la première occasion, comme celle-ci ?
Non, B, bien que quelque peu impulsif, aurait tout préparé. Il n'aurait rien laissé au hasard et devait lui aussi se cacher dans l'ombre, en attendant l'occasion.
Après tout, Ryûzaki Ruee était certes un pseudonyme, mais L et B n'étaient pas les seuls à employer des faux noms. Il s'agissait probablement d'un privé excentrique, peut-être en situation irrégulière, qui se servait de cette affaire fumeuse et peu ébruitée - la police n'aimant pas s'étendre sur ses échecs- pour redresser son chiffre d'affaire.
Demander plus de précisions à une femme aussi intelligente et courageuse que Misora Naomi ne pourrait que contribuer à la mettre en danger. S'il demandait des informations sur le détective avec insistance, elle en déduirait rapidement qu'il lui semblait suspect. Auquel cas, deux cas de figures dont aucun ne paraissait particulièrement engageant : soit Ryûzaki était B, et l'espérance de vie de Misora se réduisait à trois heures maximum quelles que soient les précautions qu'elle prenne, soit Ryûzaki n'était qu'un original, et Misora ne réussirait qu'à perdre un temps précieux.
Encore une fois, il ne pouvait qu'attendre.



Voilà une petite partie de la suite, j'espère que vous m'excuserez cette navrante lenteur... Pour ma défense, recopier le Los Angeles BB Case n'est pas particulièrement passionant... J'espère que ma baisse légère de motivation ne se répercute pas sur ce que j'écris...
Encore merci pour vos commentaires encourageants, qui me donnent envie de continuer -si si si c'est vrai !

# Gepost op dinsdag 08 januari 2008, 15u31

Gewijzigd op dinsdag 04 november 2008, 16u35

L is for Lethal /3

L is for Lethal /3
La ligne 5 interrompit une nouvelle fois ses réflexions et il se promit de remplacer la sonnerie grinçante par de la musique classique à la première occasion.
"Misora-san, ici L, du nouveau ?"
"Oui, avec l'aide de Ryûzaki, j'ai trouvé
le lien dont vous parliez, L."
"Je vous écoute."
''Voilà, sur le cadavre...''

Et elle lui relata les découvertes de l'après-midi. Les chiffres romains, les
tomes de bandes dessinées manquants, qui les avait amené aux pages d'un roman, Not Enough Play.
"Et la suite de lettre donnait Quarter Queen, le nom de la s
econde victime."
"Impressionnant, Misora-san. Une déduction parfaite, je n'en
attendais pas moins de vous. Que prévoyez-vous pour la suite ?"
L ne faisait qu
e rarement, sinon jamais, de compliments. Et encre moins de compliments hypocrites. Il ne lui semblait pas que Misora ait trouvé tout cela toute seule. Sa réflexion avait été guidée. Par quelqu'un de suffisamment fin pour rester en retrait et lui donner le sentiment de tout trouver seule, tout en lui soufflant les indices nécessaires. Quelqu'un de suffisamment adroit pour deviner exactement son niveau de réflexion et lui laisser déduire tout ce qui était en sa capacité, notamment à la fin, pour affermir son subterfuge. Quelqu'un, donc, qui préparait quelque chose.
Le privé excentrique cédait de minute en minute le pas
à Beyond Birthday.
Mais c'était si facile... B aurait tout intérêt à agir dans
la discrétion, bien au contraire. A ne surtout pas se montrer, et encore moins sous des traits si remarquables. Il ne pouvait pas être sûr que L ne le ferait pas enfermer discrètement, le temps de réunir des preuves contre lui.
Ceci d
it... ne dit-on pas
"Je pense rédiger un rapport plus précis pendant la journ
ée de demain, et après-demain, j'irai à Third Avenue... Ryûzaki m'y rejoindra."
C'est bien ce que je pensais. Ryûzaki, encore lui. Elle n'aurait pas pris d'i
nitiative elle-même sans lui, elle m'aurait demandé ce que je pensais être le plus judicieux... Il a donc gagné sa confiance.
Raison de plus pour le garder
discrètement en vue.
"A propos, L, ce Ryûzaki, vous avez des informations à so
n sujet ?"
Décidément, Misora Naomi était un bon choix.
"Oui, j'ai pu vérifier
ce que vous m'en avez dit. Il a effectivement été engagé par les familles des trois victimes, vous n'avez rien à craindre de lui... si excentrique soit-il. "
Inutile de l'affoler. D'ailleurs, je ne peux pas me baser sur mes seules supp
ositions, et pire, sur mes seules impressions pour le faire arrêter. Tant que Misora lui est utile, elle ne risque rien.

Croyait L. Peut-être est-ce la pr
emière fois que sa confiance envers quelqu'un était légèrement excessive. La prochaine lui serait fatale.
Car le lendemain vers 10 heures du matin, Misora N
aomi faisait la rencontre musclée d'un étrange agresseur, qui bien qu'en très nette supériorité abandonna le combat après l'échange manqué de bons procédés sous forme de pieds, de poings et de barre de fer.
Il s'agissait de Beyond Birt
hday.

Il n'eut aucune nouvelle de Naomi Misora avant le 19 août au soir. Il
se sentait relativement frustré. Sa réflexion n'avait fait que piétiner, il ne parvenait toujours pas à deviner ce que B recherchait. Il ne tuait pas au hasard, mais...
La Ligne 5, que L avait presque oubliée, émit sa sonnerie striden
te alors que cette pensée effectuait un 325ème tour dans son esprit. Il accueillit les nouvelles avec un sentiment qui se rapprochait d'un certain soulagement.
-Misora-san, j'attendais de vos nouvelles.
-Oui, excusez mon retard... J'a
i été très prise ces derniers jours, mais...
Elle lui relata les dernières tro
uvailles. Les lunettes, les initiales inversées, Glass Station, ...
Est-ce Miso
ra... ou Ryûzaki ? Mais dans quel but ?
Si c'était Beyond Birthday... Mais da
ns quel but ?
Cela n'avait pas de sens. Il se contentait de gagner la confianc
e de Misora, et s'arrangeait pour rester toujours en retrait, de façon à ce qu'elle ait le sentiment de tout trouver seule. Pourquoi ? Gagner sa confiance...pour se débarrasser d'elle ? Cela n'avait pas de sens. Il y avait des milliers d'autres façons envisageables, plus sûres et plus rapides de supprimer Misora Naomi. Si c'était son but, B ne perdrait pas autant de temps inutilement. Et puis, il n'avait pas intérêt à perdre Misora, qui était son "lien" avec L.
Car
il ne faisait pas l'ombre d'un doute que Beyond Birthday chercherait à entrer en contact avec L.
Et de plus, il n'était que peu probable que l'assassin soi
t autre que B. Ces détails significatifs qui enchevêtraient les éléments les plus éloignés étaient des pas laissés dans une épaisse couche de neige, qu'il ne prenait ostensiblement pas la peine d'effacer. Il aurait pu avoir pour objectif d'amener Misora Naomi à des conclusions fausses, à un cheveu, à un subtil détail de la vérité, pour induire L en erreur... par défi, ou pour l'amener à commettre une faute fatale. Voilà le comportement que L attendait. Ce type de raisonnement, d'affrontement en duel, sans intermédiaire, de défi pour prouver qu'il était le meilleur lui était caractéristique.
Mais L savait que tel n'était
pas le cas. Il avait beau torturer ses neurones des nuits entières, avec l'assistance active d'une platée de fondants, il ne trouvait aucune erreur dans la base des conclusions que lui soumettait Naomi. Certes, les développements laissaient dans l'ombre certains éléments constrictifs, et les exposés étaient un peu maladroits, mais l'ensemble lui paraissait infaillible. Le lien entre les victimes; les dates, les initiales, tout concordait. Les indices laissés derrière...
B souhaitait-il faire monter la tension jusqu'à l'échéance du dernier meu
rtre ? Espérait-il forcer L à se montrer au grand jour ?
- Et donc, le meurtr
e aura lieu le 22 août, soit dans six jours.
- Je vais passer ces six jours à
me préparer. Vous l'avez dit, il n'y aura pas de quatrième mort.
- Soyez prud
ente, tout de même. Il n'est personne qui soit à même de vous remplacer.
- Ne
vous inquiétez pas de moi. J'ai étudié la Capoeira, quand j'étais étudiante. Ce n'est pas une technique théorique ou de défense comme le karaté ou le judo, et c'est sans doute la meilleure qui soit pour une femme. J'ai d'assez bonnes raisons de penser que tout ira bien. La seule faille, c'est si nous nous trompons de jour...
- Je ne le pense pas. Mais je me permet de vous mettre en garde,
Naomi-san : la Capoeira, pas plus que le judo, le karaté ou le tennis de table, ne vous protégerons d'une arme à feu.
- J'en suis consciente. Mais...
- Tout
efois, c'est très intéressant. Il faudra que je me renseigne. J'essaierai de visionner des vidéos.
Un court silence suivit, comme si Misora réunissait son c
ourage avant de parler.
- Je ne suis qu'une intermédiaire sur le terrain, mai
s... je me demandais si vous aviez une idée de l'identité du coupable ?
Suis-je
supposé lui en parler ?
La Wammy's House, B, L, A, ne sont que des abstracti
ons. Ils n'existent qu'inconnus, que sous la forme d'un concept. La victime, l'assassin, le détective. Ils ne peuvent être que dans le secret.
Mais je suis
à la veille d'une bataille comme je n'en ai jamais menée. Une bataille contre... moi-même. Et pour cette bataille, qui n'a pas-n'a plus- pour enjeu la justice, l'arrestation d'un criminel, mais qui n'est qu'un duel à un contre un, à motif purement personnel... J'utilise Naomi Misora. De même que B utilise ce détective, Ruee Ryûzaki, comme avatar, je joue sa vie pour ce combat ou le meilleur aura raison.
- Oui.
Silence.
- Je sais qui est le coupable. L'assassin de
ces trois personnes, Mlle Misora, c'est B.

Cinq jours. Cinq jours et ce serai
t le dernier meurtre. Dans une ville comme Los Angeles, le jour ne suffisait pas. Il faudrait aussi le lieu. Il n'y avait pas de logique dans les précédents : les victimes avaient été choisies soigneusement, et assassinées là où elles se trouvaient au moment où il fallait qu'elles meurent.
L trouvait cela terrib
lement frustrant. Il avait réfléchi à tout, lieu, date, heure, initiales, livre, lunettes. L'identité du coupable ne laissait d'espace à aucune réflexion. Seul restait cette éternelle question : Pourquoi ?
L se l'était si souvent posée
qu'il aurait pu la décliner dans toutes les langues. Why ? Porque ? Dôshite ?
Exercice d'une affligeante stupidité. Qui ne l'aidait en rien. L devait t
rouver, pourtant.
Aussi bien que le devoir de Naomi était de trouver le lieu,
L devait trouver le but.
Le mobile.
Il aurait ri au nez de ce mot. Mobile. C
omme si c'était une enquête normale. Ce n'était pas le bon mot. Le mobile est une cause. Une raison. B et L se moquaient des mobiles et n'en avaient pas besoin.
Ce que L cherchait était un but. Un objectif. Une attente. Ce que B et L
avaient en commun, cette capacité à faire abstraction de toute raison pour trouver la voie jusqu'au but. Jusqu'à la finalité. Et L ne comprenait pas cette finalité. Elle lui échappait. B serait-il là, le 22 août ? Voulait-il que L y soit ? Etait-ce là le message ? Même s'il y était... Qu'adviendrait-il de Misora ? Si elle devenait inutile, elle disparaîtrait. Et L avait cette impression, cette intuition qu'il avait appris à croire, que s'il ne trouvait pas, que s'il ne répondait pas aux attentes de B, alors il aurait perdu. B commettrait un meurtre et disparaîtrait à jamais. Il irait là où L ne le trouverait pas. L avait beau y penser, il ne voyait pas en quel lieu B pourrait être à l'abri d'un éventuel nouveau round. Mais il voyait très bien que si il laissait passer cette occasion, alors la guerre s'achèverait sur sa défaite.
Il fallait qu'il trouv
e.

C'est généralement à force de chercher qu'on finit par ne pas trouver. L
avait cherché des années durant, et avait oublié que B, comme lui, n'avait plus de racines, et contrairement à lui, n'avait plus d'objectif –pas sur le long terme. Lorsqu'on a pas de passé ni d'avenir, c'est dans le présent que ce trouve la fin.
Dans une partie d'échecs, c'est la défaite de l'autre, plus que sa
propre victoire, que B cherche.
Il n'est qu'un lieu que L ne peut atteindre.




[Et voici l'occupation de Su-chan à la veille d'un bac blanc de français. Disons que c'est un entraînement pour le sujet d'invention... J'espère que mon chapitre n'est pas trop "tendu", niveau ambiance XD c'est peut-être la conséquence de ma ptite et inintéressante life personnelle qui ne devrait rien avoir à faire avec la vie de notre détective favori.
Fin du speech. Début du générique.
Je vous remercie sicèrement, encore, pour vos commentaires, qui me donnent l'envue d'écrire ^^!! ]

# Gepost op dinsdag 29 januari 2008, 15u20

Gewijzigd op dinsdag 04 november 2008, 16u38

L is for Lethal /4

L is for Lethal /4
- L, j'ai-nous avons trouvé.
Au cours d'un long exposé que L n'écouta qu'en diagonale, elle finit par lui apprendre que la scène présumée du dernier assassinat – de la dernière tentative d'assassinat, aurait lieu à Pasanera, dans un complexe d'immeuble, sur la personne de Blackberry Brown ou peut-être Bruce Harp Babysplit.
Les personnes n'ont d'importance qu'en tant que victimes. Qu'en tant que pions sacrifiés à l'échec et mat.
Maintenant, tu as choisi le mouvement de ta tour, à moi de bouger le cavalier. Bouger un cavalier pour mettre un fou en échec et mat, cette fois.
- Et donc, nous nous sommes dit qu'en l'absence de preuves tangibles à soumettre à la police, le mieux serait de payer les deux personnes visées et les expédier ailleurs sous un prétexte quelconque... Face à un tel assassin, "être là" ne peut suffire.
- Exact. Je vous enverrai l'argent nécessaire.
Inutile. Tu ne les tueras pas, ni l'un ni l'autre. Si tu voulais les tuer, tu saurais où les trouver et le complexe de Pasanera n'aurait plus de sens.
- J'enverrai une équipe...privée autour des immeubles. Alerter la police se solderait par un amas de paperasses, et ne parlons même pas du FBI, alors je vais recourir à mes ressources personnelles. Il est donc inutile que vous prévoyiez autre chose.
Il ne manquerait plus que son ami, Raye Penber, ait un sursaut de bonne volonté et envoie une équipe d'agents armés jusqu'aux dents qui sauteraient sur tout ce qui bouge, résidents, B ou "ressources personnelles."

Ce soir là, il y eut deux personnes à Los Angeles et une à New York qui ne fermèrent pas l'½il de la nuit. La veille d'un meurtre peut avoir des conséquences sur l'état nerveux.

Le lendemain, à neuf heures, Misora Naomi tournait en rond dans la chambre de Blackberry Brown. Pour une fois, elle aurait voulu que Ryûzaki soit là, à crapahuter par terre à quatre pattes.
De fait, trois étages plus bas, B avait d'autres préoccupations que l'investigation à la L.
Et à des kilomètres de là, ledit L crapahutait effectivement à quatre pattes dans le but illusoire, mais qui présentait l'avantage de lui changer les idées, de trouver encore quelques centimètres cubes de café dans l'appartement.
Le téléphone sonna au moment où il se rabattait sur la tisane de Watari.
- L, c'est Misora Naomi.
- Je me doute. J'ai crée une ligne de téléphone spécialement pour vous parler sans être dérangé ni écouté, je n'ai donc pas de doute quant à votre identité, Mlle Misora.
- Je... Jusqu'ici, tout est normal.
- Je le sais, ça aussi. J'ai deux équipes au rez-de-chaussée.
- Vraiment ? Leur discrétion est incroyable, alors. Je n'ai remarqué personne, alors que vous m'aviez prévenue et que j'ai une certaine habitude...
- Le propre des clandestins est la discrétion, Mlle Misora. Si la voleuse et le menteur professionnel que j'ai envoyés portaient un panneau autour du cou pour se présenter, je ne vois pas quelle serait leur utilité. Les policiers font ça très bien et pour moins cher.
- L, j'ai cru entendre une voleuse et un...
- Un menteur. Félicitations, votre audition est dans la norme. Tout comme le reste de notre collaboration, ceci tient du secret absolu. C'était notre...clause. A bientôt, Misora-san. Quant il n'y aura plus besoin de clauses.
- Attendez !
- Il y a du nouveau ?
- Non, mais... Vous connaissez le coupable, n'est-ce pas ?
- Oui. Ainsi que je vous l'ai déjà dit, le coupable, c'est B.
- Non, je vous demande si vous le connaissez personnellement.
Misora Naomi, décidément, est un bon choix. Mais elle enquête dans la mauvaise direction. Peut-être que je ne semble pas très digne de confiance... Je m'en rappellerai, si l'occasion se représente.
-...Oui.
- C'est bien ce que je me disais. Il y a cependant quelque chose que je n'arrive pas à comprendre...
- Et c'est...?
- Quelle genre de relation avez-vous ?
- Aucune.
-...
- Pour être exact, B me connaît. Moi et ma façon de travailler. Mais je vous demande de ne le dire à personne. Personne ne le sait, d'ailleurs, je n'aurais jamais cru que vous arriveriez à cette conclusion. Ceci étant dit, nous n'avons plus aucun lien. Je ne peux pardonner à aucun criminel. Je suis la justice.
- La justice...Je vois. Et pour L... à part la justice... qu'y a-t-il d'autre ?
-Ce n'est pas ce que je voulais dire... C'est ma première priorité.
-Oui, mais...
-C'est ce qu'il y a de plus important. Je vous souhaite bonne chance.
Naomi Misora était bien une femme.
Allons bon. Après les superstitions, voilà les préjugés sexistes. Comme s'il y avait la moindre différence. Misora Naomi était simplement particulièrement intelligente. Elle comprenait certaines choses que lui-même préférait laisser dans l'ombre. Le côté humain des gens, si absurde et qu'il avait toujours du mal à saisir.
Le côté humain.
Le lieu au même lui ne peut aller.
L.A.B.B. : L After Beyond Birthday
QQ, BB; A, B.
Quatre poupées.
B.B. Beyond Birthday...

La lumière se fit en L. Comment avait-il pu passer à côté d'une chose pareille ? Il se jeta pratiquement sur le téléphone.
Une sonnerie. Tûûûûût. Deux. Trois.
Dix.
Et Naomi Misora ne répondait pas.
Où était-elle ? A un moment pareil ! Laisser le téléphone derrière elle !
A moins qu'elle n'ait compris, elle aussi.

Wedy. Appeler Wedy.
Cinq minutes durant lesquelles L ingéra six paquets de bonbons à la fraise plus tard, Wedy consentit enfin à décrocher le téléphone.
- Excusez, il y a eu...
- Wedy, il faut que vous alliez TOUT DE SUITE au quatrième étage.
- Justement, L, je suis au quatrième étage, et votre charmante et autoritaire intermédiaire vient d'arrêter son collègue, Ruee Ryûzaki, qui a été à deux doigts de constituer la dernière victime. Je me demandais si c'était normal.
- Parfaitement normal. Je vous remercie, Wedy. Beyond Birthday, enfin, Ryûzaki va bien ?
- En dehors des menottes aux mains et des brûlures au troisième degré qui le couvrent, je dirai qu'il se porte comme un charme. Si vous souhaitez que cet état se poursuive, je vais devoir vous laisser pour appeler une ambulance.
- Très bien. Allez-y.

L se laissa aller en arrière, affalé sur sa chaise. Bien sûr. Les initiales des victimes, et celles de la dernière. B avait choisi de suivre la voie de A. L avait mal évalué cet aspect "humain". Ce n'était pas la vengeance physique qu'il cherchait. C'était la défaite de L. La pire vengeance qu'il pût imaginer. On ne tue pas une lettre, on ne tue pas un concept, on ne tue pas L. On le détruit.
L. Lawliet peut bien mourir, L n'en mourra pas pour autant. C'est ce que Beyond Birthday savait, et c'est ce qu'un autre meurtrier oubliera.
Comment L avait-il pu oublier à ce point ? Si Misora n'était pas parvenue à la même conclusion que lui, B lui aurait échappé. A jamais.
Inutile de se voiler la face. C'était une défaite. Il avait réagi trop tard.
Beyond Birthday avait commis une seule erreur : se focaliser sur son combat contre L, et en oublier celle qu'il ne considérait que comme un porte-parole à double sens. Il suffit parfois d'un pion pour faire échec et mat.

Quelques jours plus tard, L apprenait avec une vague satisfaction que Naomi Misora avait réintégré les services spéciaux, et fit un virement généreux de la part de la Deneuve SARL. Il l'avait appelée, peu avant, pour éclaircir les points restés dans l'ombre. Les raisons, etc.
Il lui semblait, cependant, qu'il y avait encore quelque chose qu'il pouvait faire pour Misora Naomi.

- L. Non seulement tu as pris tous ces risques tout seul, sans me le dire, alors que moi aussi, je suis concerné...
- Ne remettez pas ça sur le tapis, Watari. Je vous ai tout raconté, non ? Vous n'avez pas besoin de savoir autre chose.
- Tu es vraiment...
- Là n'est pas la question. Je vais être en retard, et je ne compte pas supporter ces baskets plus longtemps que nécessaire.
- Justement, si tu mettais des chaussettes...
- Nous avons déjà parlé de ça aussi. Je ne mettrai pas de chaussettes. Accepteriez vous de vous décaler d'un mètre sur le côté de votre choix pour que je puisse atteindre la porte, maintenant ?
- Mais dis moi au moins où tu vas !
- A la station de métro. Payer un contrat.

1 septembre. Naomi se rendait à la station de métro la plus proche de chez elle. Aujourd'hui était le jour où elle serait rétablie dans ses fonctions. Elle pensa qu'il était quelqu'un de vraiment très fort, pour aller mettre en jeu sa vie et en scène sa mort dans ce but. Elle se rappela de sa façon de s'asseoir, et de se mordiller l'ongle. Quelque chose d'inimitable, tout comme la force qu'il avait en lui.
Son regard se porta sur un jeune homme près d'elle. Ses yeux était d'un noir comme elle n'en avait jamais vu, et grands ouverts comme si chaque détail pouvait servir. Son visage et sa façon de se tenir, avachi, les bras ballants donnaient l'impression qu'il n'avait jamais eu le temps de dormir de toute sa vie, parce qu'il avait tant de choses à penser pour que le monde soit meilleur. Ses cheveux au contraire donnaient l'impression assez attendrissante qu'il venait de sortir du lit. Il portait un T-shirt à manches longues et un blue-jean trop grand pour lui, et des baskets sans chaussettes. Misora eut l'impression non seulement de l'avoir vu quelque part, mais en plus d'avoir passé sa vie avec lui, au point de connaître chacun de ses gestes, de ses mimiques.
Elle comprit. Si Beyond Birthday était une copie, alors ce garçon était l'original.
Elle s'avança vers lui, un peu hésitante, et lorsqu'elle prit la décision d'aller lui parler, elle crut qu'il allait lui sauter dessus, ou plutôt il semblait sur le point de se jeter dans ses bras. Elle évita son attaque et lui balança froidement son poing en travers de la figure, ce qui le précipita au bas des escaliers de la station de métro. Elle prit alors conscience qu'elle avait peut-être été trop loin. Elle descendit les escaliers aussi vite que possible pour demander d'un air inquiet si le jeune homme allait bien, et il lui répondit simplement "Je vois...la réalité est très douloureusement différente des vidéos, mais j'ai appris beaucoup."
Naomi ne comprit pas et ne chercha pas à comprendre, se demandant si elle l'avait vraiment frappé si fort où s'il s'était cogné la tête. Elle lui demanda s'il pouvait tenir debout et lui tendit la main. "Merci beaucoup" dit-il, prenant sa main.
"Êtes-vous blessé ? Vous avez mal quelque part ?"
"Je vais bien. Merci beaucoup".
Elle remarqua que bien qu'il se soir relevé, il n'avait pas lâché sa main. Il semblait en train de la secouer un peu.
"Vous êtes quelqu'un de très gentil" lui dit-il avec un sourire, puis il lâcha sa main, et commença à descendre les escaliers. Naomi reprit ses esprits, comme un officier du FBI se doit de faire.
"Eh ! Attendez une minute ! Où croyez-vous aller ?"
Le garçon se retourna vers elle, suçant l'ongle de son pouce.
Misora lui dit en souriant qu'il l'avait lâchement attaquée et que pour cette infraction il était en état d'arrestation. Elle le pria de donner son nom.
"..."
" Rester silencieux n'est pas une réponse appropriée. Vous pouvez bien me dire votre nom..."
"Appelez-moi... Ryûzaki s'il vous plaît."
Il disait cela comme en mémoire de quelqu'un.


[ Enfiiiiiiiiin j'ai fini !! Que c'est long de recopier le BB Case, et encore, je n'ai utilisé que la partie abrégée... Bon, j'embraye sur l'affaire Kira !! Banzaiiiiiiiiiiii XD]

# Gepost op woensdag 30 januari 2008, 10u53

Gewijzigd op dinsdag 04 november 2008, 16u40

L is for Light /1

L is for Light /1


KIRA.
Le nom envahissait tous les forums, tous les messages, occupait toutes les discussions. Le dieu d'un tout nouveau genre, la légende urbaine dernier cri, la divinité toute-puissante qui dépassait la police et le FBI pour abattre sa justice à sentence unique, inébranlable. Le bâtisseur d'un monde plus juste, ou peut-être un psychopathe de plus dans cette humanité déréglée.
Certains haussaient encore les épaules et accusaient le hasard.
Pas L.
Cela faisait bien longtemps que L avait cessé de croire au hasard. Il faut préciser qu'il avait accès, avec plus ou moins de légalité, à des informations dont seule une poignée de personnes sur Terre avait idée. Il ne savait toutefois pas comment réagir face à un tel phénomène. Les jeunes et moins jeunes fréquentant les forums avaient fort bien résumé ce paradoxe : un dieu de justice nommé "tueur".
Seulement, L ne pouvait se limiter à de jolies figures de style. Il lui fallait trancher.
Il savait que la police ne pouvait tout simplement pas, dans l'état actuel des choses, laisser ce 'Kira' distribuer les crises cardiaques à tout-va. Même les pires détenus des pénitenciers avaient un certain nombre de droits, tout de même. Seulement, 'Kira', quel qu'il soit, avait aussi dû prévoir cette éventualité, à moins bien sûr qu'il ne s'agisse que d'un gamin jouant avec la mort sans en comprendre les implications. L ne rejetait pas cette éventualité; l'objectif même de débarrasser le monde des criminels tel un Dieu vengeur relevait d'un idéalisme presque enfantin. En revanche, il y avait bien longtemps qu'il avait cessé de s'interroger sur le moyen. Cette enquête, il le savait, n'était pas comme les autres. Il y avait là-dessous quelque chose qui dépassait sans doute son entendement, donc celui de l'humanité en général et par voie de conséquence, il était inutile de se donner des migraines là-dessus.
A supposer bien sûr qu'il y ait une enquête.
L n'en était pas si sûr. N'était-ce pas, dans le fond, le tenant du pacte passé avec Watari ? Débarrasser le monde de sa vermine. Ce Kira avait trouvé un moyen d'une efficacité limpide. Il suffisait qu'un délinquant passe aux informations pour qu'on le retrouve mort, impeccable, comme foudroyé par les feux du Ciel. L ne pouvait toutefois se départir du sentiment qu'on marchait sur ses plates-bandes, là. Il n'avait jamais aimé perdre, (et alors ? il n'y a que les perdants qui s'y habituent.) ni être doublé, et le fait que l'on trouve un moyen moins orthodoxe et plus efficace que lui pour un même but lui portait légèrement sur le système, tout de même.
Et surtout, il n'aimait pas la façon de faire de ce pseudo-Dieu. Il ne voyait pas en l'honneur de quoi un seul être humain devrait avoir le droit de juger tous les autres. Cela lui paraissait d'une insupportable prétention.
Toutefois...L n'était pas sûr que 'Kira' ait tout à fait tort.
Le monde était-il donc si gangrené pour qu'il n'y ait plus d'autre solution ? Fallait-il vraiment en passer par le génocide de tous les torturés du bocal, de tous les petits crétins qui jouaient à faire mal, de toutes les aberrations sur lesquelles même la loi, encroûtée dans ses textes tricentenaires, fermait les yeux ? L'être humain était-il si avarié de modernisme qu'il lui faille un tel rappel à l'ordre ?
Non. Voilà ce qu'aurai répondu le petit Loan Lawliet postant une enveloppe en la mémoire de ses parents.
Non, sans doute que non. Aurait répondu le jeune L étourdi de gloire nouvelle et de tant d'années de travail devant lui.
Non, peut-être pas. Aurait répondu l'adolescent résumé à une lettre qui n'avait même pas le temps de piquer une crise existentielle.
Mais le L de vingt-quatre ans qui avait vu se suicider ceux qui devaient suivre sa voie, qui avait entendu s'ouvrir les portes des prisons pour des récidivistes, pour des malades mentaux prétendument impossible à tenir pour responsable, pour des 'bonnes conduites' hypocrites, n'était plus si sûr de ce "non".
Il se prenait parfois à rêver d'une alliance pour que règne la justice. Sans bavures, sans morts inutiles, une justice propre et nette. Une justice qui serait effrayante, puisqu'il le fallait, qui relèguerait guerres et terrorisme au rang de souvenirs sous forme de plaques commémoratives. Ça lui permettrait d'expliquer sa façon de voir les choses à l'apprenti Dieu. L trouverait les meurtriers, Kira les jugerait. Peut-être que le monde n'attendait que ça pour tourner rond.
Peut-être pas.
Watari poussa la porte. Il portait un plateau qui disparaissait comme à l'ordinaire sous les sucreries, avec le téléphone portable perché sur la théière.
- Qu'y a-t-il, Watari ?
- Exactement ce que vous prévoyiez, L. L'I.C.P.O. fait appel à vos talents pour retrouver et arrêter le criminel connu sous le pseudonyme de "Kira". Que dos-je leur répondre ?
- Quand est-ce qu'ils se réunissent ?
- Après-demain. Ils voudraient avoir la réponse avant, ...
- Tu es bien placé pour savoir que ce qu'ils veulent ne me fait ni chaud ni froid. Je vais y réfléchir. Emmène ce PC, ajouta-t-il en pointant du doigt un des appareils qui couvraient son bureau. Le plus pratique, c'est sans doute que je leur parle moi-même.
- Sans doute.
L'ICPO... Tiens donc. C'est rare qu'ils montrent des signes de réaction aussi rapidement. Il faut croire qu'ils n'aiment pas non plus qu'on piétine allègrement leurs prérogatives. Ce n'est pas plus mal. S'il y a enquête...
Alors, même moi, je vais avoir besoin de la police.
Aiber et Cie ne peuvent pas m'aider cette fois. Trop dangereux. Le FBI non plus ne prendra pas de risques.

L entendit, à travers le micro, le crachotement étouffé de centaines de membres de l'ICPO se levant de leurs chaises dans un silence presque funèbre. Il semblerait que sa demande n'avait pas fait beaucoup d'heureux. A quoi s'attendaient-ils, pour une affaire de cette ampleur ? Il se doutait aussi qu'il avait légèrement manqué de tact quant à l'annonce de l'endroit ou se trouvait certainement Kira. Bah, il aurait pu refuser, dans le fond. Il s'était décidé pratiquement au moment où Watari avait établi la connexion.
L savait parfaitement que l'humanité était pourrie jusqu'au trognon. Et c'est précisément pour cela qu'aucun humain n'avait le droit de juger les autres. Car L ne doutait pas que Kira soit un être humain. Il y avait longtemps qu'il savait que Dieu, si Dieu il y avait, ne remuerait jamais l'auriculaire pour l'humanité. Et d'ailleurs, Dieu n'avait pas de telles limites à son pouvoir. Alors, puisque Kira était un homme, il ne pourrait garder cette pureté allégorique bien longtemps. Il était certain qu'il ne penserait pas à son propre gain, mais L le voyait assez bien sombrer dans le délire mégalomane.
Et il n'envisageait pas de finir ses jours comme vassal d'un mégalomane.

Bien, restait maintenant à prouver ce qu'il avait affirmé au congrès. L était confiant à ce sujet. Certes, ainsi que Watari ne manquait pas de le lui faire remarquer, sa méthode n'était pas exempte de risques, loin s'en faut. Mais il lui fallait prouver ce qu'il savait déjà, s'assurer des limites des pouvoirs de Kira et, éventuellement, confirmer quelques points de sa personnalité que ses actes laissaient entrevoir. Il allait presser comme un citron la saute d'humeur que Kira ne manquerait pas d'avoir. Il passé presque toute la nuit à écrire le petit laïus de Tailor. Il fallait quelque chose d'assez vexant pour justifier le meurtre d'un innocent. Et si Kira commettait cette erreur... Alors L serait au moins certain de ne pas s'être trompé de voie.
Et, last but not least, cette méthode avait quelque chose de profondément jubilatoire.
Une très élégante et audacieuse manière d'entamer une partie d'échec qui s'annonçait passionnante.
Je ferai aussi bien d'arrêter de m'envoyer des roses.
Bah, je peux me le permettre. Je serai peut-être mort dans un quart d'heure. Comme ce pauvre bougre, Lind L. Tailor.

'Je suis la Justice'.
Autant que ça soit clair.

Elle n'était pas aidée, la justice.
Et c'était Kira qui devait ricaner derrière son écran de télévision, maintenant.
Des fuites dans les informations de la police. Il ne manquait plus que cela. Quel ramassis d'incapables.
C'était de sa faute aussi, L l'admettait volontiers. Il avait sous-estimé son adversaire. Kira se révélait intelligent, bien plus qu'il ne l'avait escompté. Lui aussi prévoyait ses coups à l'avance. C'était un adversaire à sa mesure, et L s'en réjouissait.
Bien que ce fût une singulière prise de tête. Si intéressante que soit cette partie d'échec, le temps demeurait un enjeu parallèle important. Tant que L ne gagnait pas, les vies humaines s'égrenaient comme les grains d'un sablier.
Il lui fallait réagir. La police, panier percé rempli de fonctionnaires cramponnés à leur règlement comme autant de bigorneaux à un rocher, se révélait simultanément d'une inefficacité affligeante, que L avait également sous-estimée. Ou peut-être était-ce simplement une touchante incapacité à soupçonner jusqu'à leurs proches, au mépris de tout bon sens.
Qu'importe, il n'avait pas de temps à perdre. Froisser ces braves agents de police prendrait bien trop de temps, autant s'épargner, dans la mesure du possible, des mélodrames à se casser la voix.
"Watari, passe-moi le chef du FBI".

L ne pouvait quitter des yeux les trois documents ouverts simultanément sur l'écran du PC. Une photographie représentait un homme couché, mort, dans le charmant voisinage d'urinoirs de prisons, une autre un dessin morbide, tracé au sang sur le mur. Le dernier était une reproduction d'un testament qui n'en était pas vraiment un.
"Le sais-tu L..."
Voilà que Kira jouait avec les morts, maintenant. Cela ressemblait à des expériences. Le Sauveur teste ses armes nouvelles. Et s'autorise, dans la foulée, une petite provocation. En somme, je n'ai plus qu'à vivre dans l'attente de la suite du message.
"Que les Shinigami..."
Les shinigamis. Une invention bien trop farfelue. Bien sûr, Kira ne serait jamais assez stupide pour donner de réel indice. Mais..."dieu de la mort"... L rangea ce nom dans un tiroir de sa mémoire et se remit au travail.
Kira faisait l'étalage de ses superpouvoirs tout en les expérimentant. Pensait-il décourager la police en prouvant qu'il faisait mourir les gens à sa guise, sans être forcément repérable par la crise cardiaque qui faisait de lui un dieu reconnu ?
L se pencha légèrement sur la droite, dans une position pour le moins précaire, et atteignit son téléphone.
- Watari, que deviennent les 12 agents du FBI que notre cher ami a consenti à nous prêter ?

En fin de compte, il avait sans doute été préférable de réduire ainsi les effectifs.
Une fuite, encore.
L était parvenu, tant bien que mal, à arracher cette information au chef bouleversé des services secrets.
Une fuite, douze morts.
C'était de sa faute. Il savait qu'il leur faisait prendre des risques, et pourtant s'était bêtement focalisé sur les tours de passe-passe que Kira faisait jouer tout spécialement à son intention dans les prisons. En se payant ouvertement sa tête.
"Le sais tu L que les shinigami ne mangent que des pommes ?"
Il faudrait qu'il lui fasse payer cette petite épigramme.
Cela confirmait ses hypothèses, et limitait même à quelques familles le groupe des suspects. Kira n'avait pas pu, de plus, mettre en ½uvre un tel chantier de boucherie humaine sans commettre une erreur quelque part. Pas dans ce monde vivant sous l'½il des caméras de surveillance.
Mais le coût humain était bien trop élevé. Et maintenant que le chef du FBI pris de panique allait se justifier comme un enfant pris en faute, il allait perdre la confiance de collaborateurs qui lui étaient nécessaires. Une confiance qui serait très chère à regagner.
Pour la première fois, L allait se montrer devant d'autres. Sortir de derrière sa majuscule. Kira et lui se rapprochaient, il le sentait. Chacun d'eux perdait progressivement de leur liberté d'action. Tôt ou tard, ils le savaient tous les deux, ils allaient se trouver face à face. Ce serait alors le début de la fin. Ce serait à celui qui serait le plus rapide, le plus discret. Le plus puissant. Il ne restait que peu de pièces à mettre en place.
Watari entra dans la pièce.
- Cela faisait bien longtemps que personne n'avait vu L, hein ? Pour un peu, je serais jaloux de devoir partager ce privilège.
Watari était inquiet, L le savait. C'était la première fois qu'il se trouvait physiquement exposé à ce point.
- On n'a plus le choix, de toutes manières. J'ai besoin de la police. Si incapables soient-ils, je ne peux rien faire seul. La clique d'Aiber n'est plus assez nombreuse, et le FBI ne me fera plus jamais confiance, maintenant. Et puis, qui plus que les policiers tokyoïtes peut m'être d'un secours quelconque ?
- Je sais, L. Je vais préparer ce que vous m'avez demandé. Les ceintures sont prêtes, mais falsifier des papiers de police de façon crédible prend plus de temps.
- Rien n'est impossible à l'inventeur brillant que tu es, Watari, rétorqua L avec son éternel sourire juvénile.

L contempla la poignée de la porte en train de tourner. Ils avaient été moins lents que prévus. Il ne pouvait pas, toutefois, espérer que le rythme de leurs neurones soit comparable à celui de leurs pieds. Il allait falloir qu'il soit percutant. Il ne pouvait se départir d'un vague malaise à l'idée de devoir rompre avec l'anonymat. Le manque d'habitude, sans doute. Ou alors... le fait que pour une fois, il ne puisse prévoir toutes les éventualités. C'est impossible dans le cas d'une conversation avec un être humain –si crétin fût-il-, et L n'aimait pas ça. Ce désagrément s'exprimait par une démangeaison au niveau de la jonction entre sa cheville et son mollet.
A moins que cette démangeaison ne soit une répercussion du traumatisme causé par le contact entre l'élastique de chaussettes et sa peau. L avait en effet dû endurer de longues minutes de ce supplice pour louer le plus normalement et discrètement possible une chambre dans cet hôtel. C'est à ce moment qu'il avait été pris d'un doute : le soutien de la police japonaise valait-il vraiment une telle galère ?
Les choses changent, se dit-il. Les tueurs deviennent des dieux, L n'est plus anonyme, Watari falsifie des badges de police, je ressens un malaise et j'enfile des chaussettes.
Il en était là dans ses réflexions lorsque la porte s'ouvrit sur un homme d'âge mûr, lunettes et moustache rectangulaires, costume impeccable, ni vraiment cher ni bon marché. Un père de famille, à en juger aux grains de riz collés sur le col de sa chemise et qui, trop cuits, ne pouvaient provenir d'un bentô de gare. Le chef Yamami...non, Yagami, à n'en pas douter. Il était suivi d'un jeune homme –tout juste sorti de l'école de police, où il était certainement entré avec l'espoir de devenir un héroïque défenseur de la Loi- dont L pressentait qu'il allait devenir un problème majeur si on lui laissait prendre la moindre initiative. Deux autres suivaient, assez quelconques, un petit rachitique et un plus grand avec des cheveux rappelant confusément une choucroute garnie. Suivait une armoire à glace aux cheveux en brosse et à l'air vaguement intimidé.
Voici l'armée de braves chevaliers qui se lance avec moi dans la Croisade contre un Dieu qui n'est pas le nôtre.
Il sentit que l'on s'attendait à ce qu'il parle, aussi lâcha-t-il :
- Je suis L.
Ils n'étaient pas surpris, ou plutôt avaient la politesse de ne pas le paraître.
- Moi, Yagami, se présenta le chef Yagami en exhibant son badge, entraînant à la suite un déluge de noms. Matsuda, Ukita, Aizawa, Mogi.
L sentit comme un poids sur ses épaules. Il y avait décidément du chemin à faire. Beaucoup de chemin à faire.
Il leva brusquement l'index et cria "PAN".
Il fallait vraiment être percutant.
La réaction fut immédiate. Une cacophonie d'exclamations de surprises. Qui ennuya rapidement L qui ajouta platement :
- Si j'étais Kira, vous seriez mort, Yagami-san.
Il les mena dans la pièce principale de la suite, tout en leur expliquant aussi succinctement que possible ce qu'il savait jusqu'ici. Il y avait longtemps qu'il n'avait plus parlé si longuement, et il eut l'agréable surprise de découvrir que mettre en mots ses suppositions contribuait à les éclaircir et à les assurer.
- Aizawa, laissons Ryûzaki nous dévoiler l'ensemble de son raisonnement, et ensuite nous poserons nos questions, d'accord ?
Nouvelle agréable surprise. Cet homme, Yagami, réagissait vite et correctement, et semblait avoir compris d'instinct la meilleure manière d'en user avec L : se taire et écouter. Beaucoup plus prometteur que l'admiration béate qui se peignait sur le visage de Matsuda, en tout cas. Ses yeux pétillants donnaient l'impression qu'il allait se lever brusquement en hurlant victoire, et L n'avait pas envie d'avoir à rembourser la table en verre qu'il ne manquerait pas de heurter.
Tandis qu'il poursuivait ses explications, il eut une pensée fugitive pour le nom sous lequel le connaissaient désormais ces hommes. Ryûzaki. Que de sang et de regrets derrière ce nom. Ryûzaki contre Kira, un tueur contre un tueur.
Mais ces braves policiers l'ignoraient. Il n'y avait, en dehors de L, qu'une seule personne à le savoir, et cette personne était en ce moment même dans le tramway, en marche vers la dernière personne à qui elle parlerait.
Un adolescent aux cheveux clairs, à l'allure d'élève modèle. Celui-là même qui écrirait, au nez et aux fenêtres de L, "Naomi Misora – Suicide" sur un morceau de papier.

-Justice will prevail.

Le débordement d'enthousiasme que provoquèrent ces trois seuls mots accentua légèrement le sourire de L. Ces hommes n'étaient certainement pas des 'lumières', mais ils avaient de commun avec lui le sens de la justice. Ils étaient tout comme lui prêts à tout jeter dans la balance pour trouver ce mystérieux tueur, et surtout, ils ne faisaient pas partie –ils étaient les six seuls à ne pas faire parties- des moutons bêlants et défaitistes prêts à accepter le meurtre comme solution au résultats des vices de tous.
C'était un bon début.
L'entrain retomba toutefois très vite lorsque L ajouta qu'il souhaitait s'entretenir avec chacun d'eux séparément pour vérifier qu'il n'était pas Kira. "Décidément, tu ne sais pas y faire quand il s'agit de communication, L" avait remarqué Watari, que l'expression des policiers à cet instant semblait remplir d'hilarité.
C'est vrai, je sais. Mais je ne dois rien laisser passer, maintenant. Il pouvait y avoir un élément décisif. Il y en avait un, L le sentait, qui pouvait être le dernier.
Juste une chose...

Et cette chose, sous la forme de Misora Naomi, courait vers sa perte au nom du formalisme des employés de la police et du mot 'destin'.

Watari, quant à lui, courait vers l'ascenseur de l'hôtel 'Imperial', le portable collé à l'oreille, portant dans ses bras la précieuse valisette de gadgets qui lui donnaient l'impression confuse de travailler pour James Bond plutôt que pour L Lawliet. Ainsi que le remarquerait le plus jeune membre de la toute nouvelle équipe d'enquête.

Avant de s'apercevoir que l'enquête ne serait pas aussi palpitante qu'un film sur 007. L ayant jugé utile de chercher des indices sur la mort des agents du FBI, les membres de l'équipe d'enquête passaient la journée à visionner des piles de vidéocassettes dont la hauteur faisait frémir, dans un silence quasi mortel, à moins d'être affecté à la redoutable corvée de permanence dans les locaux de la police.
Matsuda pour sa part n'avait pas réussi à déterminer ce qui était le pire : se tuer les yeux (et éventuellement les bras) à regarder intensément passer les gens aux visages blasés de la station de métro ou le grand magasin ou la galerie marchande, encore et encore, ou bien subir les élucubrations des centaines d'illuminés persuadés d'être Kira, ou que leur femme/voisin/fils/grand-père/belle-mère/chien/poisson rouge/toaster (rayez la mention inutile) l'était.
Il avait renoncé à compter les secondes, puis les jours, lorsque L leur assena une nouvelle tirade révélatrice à propos de Raye Penber qui le sidéra d'admiration. Et qui lui donna la force de supporter encore de désespérantes heures à le dégoûter de la télévision –ce que jamais il n'aurait cru possible- ainsi que les manières pour le moins péremptoires de L.


# Gepost op donderdag 19 juni 2008, 14u40

Gewijzigd op dinsdag 04 november 2008, 16u43

L is for Light /2

L is for Light /2
L, pour sa part, recevait son premier appel important depuis longtemps. Naomi Misora, encore. Il savait ce qu'elle valait, mais aussi et surtout ce qu'elle risquait.
Non, ce qu'elle avait risqué. Il était presque sûr que jamais Naomi Misora ne lui communiquerait les informations cruciales qu'elle avait certainement réunies.
Une femme aveuglée par la mort de son fiancé. Même ainsi, Misora n'aurait pas manqué de venir lui faire part de ce qu'elle avait trouvé. Jamais à sa connaissance elle n'avait failli, et il ne doutait pas d'elle. Elle faisait partie de la poignée de personnes sur Terre auxquelles L avait jamais attribué le qualificatif "excellent".
Ayant subi ce coup dur... ayant, surtout, reçu de Raye Penber des informations auxquelles lui-même n'avait pas accès... un détail, un point infime et crucial dont l'importance ne se révèle que plus tard... alors, avait-elle pu remonter jusqu'à Kira avant eux ?
Et dans ce cas... en allant au bout des choses... Raye Penber serait...
L adressa un remerciement intérieur à Misora Naomi. Une fois encore, ses initiatives périlleuses lui apportaient une aide précieuse. Le nombre de suspects venait de passer de la centaine à une dizaine de personnes.
Bien, il lui restait un obstacle de taille à franchir : l'opposition braillarde de ses nouveaux coéquipiers, qui commençaient à redescendre en chute libre dans son estime. Certes, il pouvait comprendre le déplaisir de Yagami sachant que sa maisonnée était en passe d'être surveillée aussi étroitement qu'une prison haute sécurité, et que sa famille était potentiellement accusée de meurtre de masse, mais leur incapacité à se rendre à l'évidence lui paraissait mal présager pour la suite. Cette enquête comportait des contradictions aberrantes et des paradoxes abracadabrants, mais il faudrait bien s'y faire. Il espéra que le chef Yagami allait agir comme il l'avait fait jusque là : avec droiture, logique et professionnalisme. (Ce qui était une manière pour L de dire "sans discutailler pendant des heures pour être finalement obligé d'admettre mes méthodes")
Ce qu'il fit.

Les caméras furent installées à peine quelques jours plus tard. L sentait le picotement de l'impatience le parcourir. Kira était plus probablement un esprit brillant qu'un gamin avec une arme disproportionné. Puéril, certes, mauvais perdant, certes, mais cela –L était le premier à le savoir- n'empêchait pas d'être brillant. Et si Kira était si brillant que cela, alors certainement il saurait qu'il était surveillé. Et il agirait en conséquence. Il fallait, par exemple, que des criminels meurent alors qu'il n'avait aucun moyen de connaître leur existence... Mais L ne parvenait pas à imaginer une source d'information qu'il ne pût contrôler. Il s'était fait faire des plans précis de la maison des Yagami et des Kitamura, meubles inclus, et avait veillé à ne pas laisser ne serait-ce qu'un centimètre carré d'angle mort. Les toilettes des Kitamura à elles toutes seules requérraient 12 de ces petites merveilles électroniques pratiquement invisibles que Watari s'affairait à se procurer en grand nombre – dans la discrétion la plus absolue, s'entend. La chambre de leur fille aînée, 56. Celle de la cadette Yagami, 83 en raison de tous les bibelots, tas de vêtements potentiels et peluches qui envahissaient son espace vital. Mais ce n'était pas Sayu Yagami qui intéressait réellement L. Il ne pensait pas que cette collégienne qui avait attendri Penber –à en juger d'après son rapport- par sa gaminerie, puisse tuer de sang froid des centaines de gens à travers le monde. Et ses résultats scolaires, obtenus par un allègre piratage du réseau de l'école, n'avaient jamais laissé à supposer ni une ambition quelconque ni une intelligence qui sorte du lot.
Si L avait dû –à supposer que L puisse devoir quelque chose – avancer des suppositions sur l'identité de Kira, ses soupçons se seraient portés soit sur la fille Kitamura, jeune fille assez brillante, mature et cependant assez jeune pour ne pas être privée de tout idéal, soit sur l'aîné Yagami, d'une intelligence qui faisait la fierté de sa famille et qui l'autorisait à postuler sans inquiétude pour la meilleure faculté de Tokyo. Evidemment, l'allure pimpante de premier de la classe qu'ils arboraient tous les deux sur les photos d'identité de leur dossier donnait peine à imaginer qu'ils pussent être des assassins de sang froid. Bien coiffés, tirés à quatre épingles, élite d'une société dont ils semblaient satisfaits. Mais L ne s'attendait pas à ce que Kira sorte particulièrement du lot, sinon par son intelligence.
A moins bien sûr, que j'essaie de m'en convaincre pour ne pas avoir à admettre que je suis en train de gaspiller un temps précieux en quantités pharaoniques.
Cela faisait déjà plusieurs heures, en effet, qu'il regardait attentivement Yagami Light. Celui-ci semblait accorder une confiance toute relative à sa famille, au point de ressentir le besoin d'avoir recours à cette vieille technique du papier dans la porte que L avait commencé à employer vers 7 ans. Ceci dit, à 7 ans, L n'avait ni accès ni intérêt pour ce type de lecture que Light étalait complaisamment sous leurs yeux. L'expression du père Yagami en découvrant la collection fournie de revues douteuses de son fils aurait presque fait rire L, si elle ne lui avait pas également montré le penchant du chef à passer à des années-lumière de l'essentiel pour peu que ses proches soient en jeu.
Son impression se confirmait d'heure en heure : la famille Yagami était si innocente- du point de vue de l'affaire Kira, bien sûr, L passait l'éponge sur les magazines du fils et les mangas yaoi de la fille- que c'en était presque comique. Light, s'étant rincé l'½il suffisamment de temps pour justifier les précautions qu'il prenait, s'était attelé à ses révisions avec un sérieux exemplaire. Sayu avait réclamé son drama favori à cor et à cris comme si les informations télévisées lui donnaient de l'urticaire et Madame avait vaqué à ses occupations ménagères sans pause-meurtre notable. Aucun d'eux n'avait eut la moindre communication extérieure.
Et bien que les Kitamura aient, pour leur part, commis l'erreur de regarder les informations, L ne s'intéressait que modérément à leur cas. La famille Yagami... non, Light Yagami lui semblait à 4% plus digne de son attention. Il était d'une rare intelligence, L avait eu l'occasion de le constater avec l'envoi de son message télévisé. Mais Light avait réagi d'une manière presque trop détendue. Comme s'il avait appris les méthodes de L ; encore faudrait-il qu'il les connaisse. Ce type de provocations, qui sont finalement assez transparentes à la réflexion, L l'avait déjà utilisé une fois. Jamais deux fois la même erreur, hein, Yagami Light... ? Mais ce n'était pas le soupçon majeur de L, tout au plus une confirmation de l'ordre du demi pourcent. Ce qui était plus remarquable, c'étaient les victimes du jour de Kira. Des voyous sans envergure, sans commune mesure avec les meurtriers et terroristes dont Kira s'était chargé jusque là. Comme s'il s'agissait de tuer plutôt que de rendre justice. Tuer... des gens qui étaient passés aux infos aujourd'hui et aujourd'hui seulement. Pourquoi ? L ne voyait qu'une raison possible à cela : pour se créer un alibi. « Ce ne peut être moi, je ne les ai pas vu ».
Mais il lui fallait reconnaître que c'était suffisant. Au bout de quelques jours, des criminels étaient morts, certains connus par les Yagami, d'autres par les Kitamura, par les deux familles ou par a priori personne. Kira s'étant manifestement forgé un 'alibi en béton', les caméras devenaient inutiles. Et il était impossible à L de surveiller les sorties des membres de ces deux familles. Maintenir la surveillance ne servirait qu'à perdre un temps inestimable et à se mettre à dos, éventuellement, le père Yagami. Les autres aussi, d'ailleurs : il était clair que la surveillance d'écrans de télévisions jour et nuit n'était pas dans leurs cordes, à en juger par leurs figures exténuées.
Expliquer à ses nouveaux associés que oui, la surveillance par caméra était finie mais non, ça ne voulait pas dire que les Yagami et Kitamura étaient lavés de tous soupçons provoqua moins de remous que L avait prévus, mais donna lieu à quelques idées brillantes de la part de Matsuda que, heureusement pour ses nerfs, Aizawa et Yagami se chargèrent d'invalider.
L pour sa part aurait été bien en peine d'expliquer à Matsuda pourquoi il n'était définitivement pas possible d'interroger un à un chaque suspect, car il n'avait pour ainsi dire rien écouté. Il entendait leurs paroles et les enregistrait dans un recoin lointain de sa mémoire, mais son esprit était à des lieues de là. Il venait d'envisager une nouvelle facette de l'affaire Kira. Si, comme il le supposait, l'un de ceux qu'il avait placé sous surveillance était Kira... Alors, son mental avait atteint le niveau de divinité, en ce sens qu'il était capable de tuer sans douter ni même sourciller. Tuer un être humain n'a pourtant rien de facile. Une vie, ce n'est tout de même pas si peu que l'on puisse la faire disparaître ainsi d'un claquement de doigts désinvolte. Du moins tant que l'on se considère soi-même comme un être humain. Cela pouvait sembler évident, et pourtant Kira semblait avoir perdu conscience de sa condition. Au point que L avait presque envie de croire qu'il s'agissait bien là d'un 'Dieu'. Un dieu impitoyable qui tuait les criminels sans faillir, mais aussi tous ceux qui se mettaient en travers de sa route... comme, par exemple, ces agents du FBI, Penber, son infortunée fiancée...
Ridicule.
Je serais déjà mort, dans ce cas.
Car...Un dieu qui aurait besoin d'un nom et d'un visage pour tuer. Qui aurait attendu le 21ème siècle pour se manifester.
C'est cela, oui.
Non, Kira n'était pas un Dieu, il avait seulement la prétention de le croire. Comme pas mal d'humains lorsqu'ils croient posséder l'arme ultime. Un meurtrier en série qui existait. Et que lui arrêterait. Il n'y avait pas le moindre doute là-dessus. En revanche, la question était : comment faire ? Si Kira – dans le pire des cas- tuait rien que par la pensée, alors les caméras ne serviraient à rien. Sans même aller aussi loin, s'il était parvenu à déjouer la surveillance d'un agent expérimenté comme Penber. On ne pouvait s'attendre à ce qu'il commette la moindre erreur.
L'unique solution serait alors... de l'amener à avouer... non, de commettre un meurtre sous mes yeux. Mais je ne peux pas... à moins que... ?

L avait quitté l'école avant d'atteindre le cours élémentaire et ne s'en était jamais porté plus mal. Cela ne l'empêchait pas d'avoir des connaissances de mathématiques, physique et même chimie avancées, de parler pas loin de 40 langues, dont l'anglais, le français, le russe, le coréen, le portugais et, depuis quelques mois, le japonais. Et c'était heureux, car il n'avait pas prévu d'avoir à passer, à l'âge de 25 ans, le concours d'entrée à To-Oh Daigaku. S'étant inscrit en piratant allègrement –pourquoi changer une méthode qui paye ?- les fichiers de l'Université, et probablement en ruinant les espoirs d'un étudiant, L avait passé trente minutes à feuilleter les annales avant de décider, la veille, que de toutes manières, puisqu'il ne visait pas les félicitations, mais juste un moyen de communication avec le suspect n°1 de l'affaire Kira, il était inutile de se donner cette peine.
Il avait également refusé d'enfiler les vêtements 'présentables' que Watari avait tenté de lui imposer. Il semblait que c'était pour le vieil homme une hérésie que de passer l'examen d'entrée d'une université réputée en portant les mêmes fripes que tous les jours depuis près de vingt ans. L avait, de même, fermement refusé le port de chaussettes pour cette occasion. Et le résultat de ce débat enflammé était une victoire sans partage de L qui, empaqueté dans un T-shirt et un jean informes, les pieds sur la table, remplissait la feuille d'énoncé qu'il apercevait entre ses orteils. Ce n'était d'ailleurs même pas ce polycopié couvert d'un japonais parfait mais à la limite du lisible qui occupait le plus son attention. Yagami Light était là, à quelques tables devant lui. Il le voyait nettement par-dessus le dos courbé des deux candidats qui l'en séparaient. A peine penché de temps à autres lorsqu'il appuyait sa tête sur sa main, si droit que les autres, en comparaison, avaient l'air de brouter leur copie.
Lui aussi l'avait vu, d'ailleurs. Leurs regards s'étaient croisés un long moment. L n'avait pu s'empêcher de rechercher dans ces yeux froids le quelque chose de malsain qui ferait de lui un criminel. Inutile, certainement. Si Yagami était Kira, alors, comme il l'avait déjà établi, il se prenait pour une divinité de justice et d'équité. Il ne lui était probablement même jamais venu à l'idée qu'il puisse avoir tort. Mais malgré tout, L peinait à concevoir un être qui puisse tuer ainsi sans en être affecté, ne serait-ce que dans une infime mesure, ne fût-ce qu'une infime trace de doute... Ou était-ce la signification qu'il fallait voir à la froideur de son regard ?
A ce stade de sa réflexion, il s'aperçut qu'il restait à peu près un quart d'heure avant la fin des épreuves. Il feuilleta le sujet, remplissant machinalement les lignes, vaguement ennuyé d'avoir à interrompre le cours de son raisonnement pour quelque chose d'aussi trivial qu'un examen de littérature classique.
La période des examens se finit sans que L ait pu déduire quoi que ce soit d'autre. L'observation directe, surtout dans un cadre si étroit, ne pouvait porter aucun fruit, et L ne s'attendait pas, de toute manière, à un quelconque résultat. Il lui faudrait fréquenter Yagami de bien plus près, et il savait à peu près quand et comment y parvenir.

Watari poussa la porte alors que L donnait aux autres inspecteurs des instructions pour l'approche des autres suspects potentiels. Il fallait qu'il se protège un minimum, tout de même, et pour cela, qu'il ne soit pas le seul à se proclamer L. Kira, s'il était dans le lot, comprendrait probablement les implications de sa déclaration. L l'espérait, car il s'en serait voulu pendant une bonne heure d'avoir privé le monde d'un chanteur du talent d'Hideki Ryuga. Ceci dit, cela aurait au moins le mérite de classer l'affaire. Mais il ne s'attendait pas à ce que Kira tombe dans un piège aussi grossier... même s'il ne remercierait jamais assez Sayu Yagami de lui avoir fourni ce pseudonyme parfait. Dommage.
Dommage aussi, songea-t-il avec un désagrément à peine dissimulé, que Watari ne lui ait pas apporté le fraisier qu'il avait réclamé. S'attendait-il à ce qu'il mange du papier ? Et quel courrier pourrait être assez important pour qu'il ait à s'en charger ? Il y avait près de dix ans qu'il n'avait plus touché à une enveloppe qui lui serait adressée.
- Toutes mes félicitations, Ryûzaki.
- J'ai réussi quelque chose de particulier aujourd'hui ?
- Comment, vous ne savez pas ? Je pensais que vous aviez vérifié vos résultats sur le réseau interne de l'université... vous avez obtenu une note parfaite à toutes les épreuves, ce qui vous donne le privilège de prononcer un discours le jour de la cérémonie d'entrée... en compagnie de quelqu'un d'autre, d'après ce que j'ai entendu.
Un discours ? L trouvait cette idée du plus haut comique. Les policiers aussi, à en juger par leur expression amusée. Bien, il allait employer un quart d'heure de son temps à écrire un ramassis de poncifs. Plus importante était la deuxième personne avec qui il devrait partager son temps de parole. Quelqu'un d'autre avait obtenu un score parfait, et il ne pouvait s'agir que de Yagami. L se remémora l'immense salle ou avait lieu la cérémonie. La distance entre les chaises du premier rang et le pupitre sur l'estrade, surtout. Pour autant qu'il se souvienne, cette salle offrait de perspectives intéressantes...
Tandis que l'attention de quelques centaines de nouveaux admis à la prestigieuse faculté tokyoïte se perdait en conjectures au sujet de la tenue pour le moins particulière du candidat Ryuga Hideki, L expédiait son discours d'un ton si neutre qu'il en était soporifique tout en calculant mentalement l'endroit le plus propice à une révélation de cette ampleur. Les quelques marches de l'estrade, sous le couvert des applaudissements, lui semblait convenir. Il ne s'agissait pas de se tromper. C'était lui qui devait surveiller un Kira potentiel, et non Kira (qui pouvait, après tout, être un autre étudiant) qui devait épier un L potentiel.

- Je suis L.
Son interlocuteur sembla, durant une fraction de seconde, comme frappé par la foudre (au point que L se demanda s'il n'aurait pas été moins surprenant d'annoncer « Je suis Pamela Anderson »), mais se reprit avec un empressement presque louche et se retourna pour lui serrer la main avec une expression cordiale. De retour sur leurs chaises voisines, Yagami resta d'une immobilité parfaite, l'esprit visiblement à cent lieues du laïus en cours. Mais L ne chercha même pas à deviner à quoi il pensait. L'observation psychologique n'avait que peu d'intérêt ici, et il ne s'agissait pas de sombrer dans la paranoïa. En revanche, il lui fallait mettre au point un moyen rapide et efficace d'entrer en communication. S'autoproclamer L était une chose, mais se rapprocher suffisamment de Yagami pour que cette filature soir fructueuse en était une autre. Encore que, si Yagami était vraiment Kira, il serait certainement en mesure d'apprécier ce coup de maître... et aussi d'en tirer des conclusions et d'essayer de s'en servir pour démasquer L. Le détective lui-même n'avait pas encore réfléchi à comment Kira pourrait s'y prendre, mais il aurait tout le temps d'y penser au moindre mouvement suspect.
Leur amitié de façade ne serait pas difficile à établir dans ces conditions. Il lui semblait qu'un peu de sport serait une bonne idée. Il était plus facile de se démener en réfléchissant que d'essayer de se concentrer pendant une conversation bénigne. Et... un sport à deux...le tennis, bien sûr.

Un brouhaha mêlé d'admiration, d'envie et de surprise croissait autour du terrain de tennis de l'université au fur et à mesure que la foule agglutinée à la grille augmentait. Quelques jours à peine après la rentrée, et déjà Yagami Light, champion national junior de tennis et cet énergumène de Ryuga Hideki dont personne ne savait d'où il sortait s'affrontaient au tennis... Une alliance des plus incongrues, et très rapidement scellée.
Whoever makes the first move always win. Celui qui bouge le premier gagne. Toujours. On ne gagne rien en se défendant... Rien qu'en attaquant.
Et donc... ce que tu vas me suggérer maintenant, Yagami-kun, c'est de te rendre au QG avec moi pour confirmer ton identité...
L plongea en avant... et rata la balle jaune d'un quart de centimètres. Il se demanda si son inactivité durant pas loin de six ans n'avait pas légèrement émoussé ses réflexes. Mais au fond, et si déplaisant que ce fût, ce n'était pas plus mal. Pour cette fois, il lui fallait feinter et laisser l'avantage apparent du premier mouvement à Yagami. Cette défaite allait lui en donner l'occasion.
- Tu viens de me battre, Yagami-kun, alors tu peux me poser toutes les questions que tu veux. Mais il y a quelque chose que tu dois savoir d'abord...
Je n'ai pas l'intention de te laisser réellement prendre l'avantage... et je ne peux en aucun cas te laisser rencontrer qui que ce soit sans condition. Je vais devoir te damer le pion, Yagami...
- En réalité, je te suspecte d'être Kira... Sachant cela, si tu veux encore me poser des questions, vas-y.
Son interlocuteur réagit avec un petit rire, mais un sérieux pensif regagna vite ses traits. Qu'il soit, ou pas, Kira, Yagami devait s'apercevoir des implications d'une telle assertion. Sa liberté de mouvement s'en trouvait nettement réduite.
Du moins, L supposait qu'il s'en apercevait. Il ne pouvait l'affirmer pour le moment, pas plus qu'il ne pouvait être sûr que le suspect ait envisagé de rencontrer un des membres de l'équipe d'enquête. Il lui fallait s'en assurer... Yagami Light pouvait très bien n'être qu'un pimpant élève modèle en complet décalage avec l'intelligence imaginative de Kira.

Et l'endroit parfait pour cela était sans discussion le café choisi par Yagami-kun. Un rideau de plantes vertes assurait un minimum suffisant d'intimité. L'annonce des soupçons pesant sur lui semblait avoir refroidi la curiosité de son nouvel 'ami'. Il se rendait bien compte, visiblement, que toute question serait complètement inutile tant qu'il serait suspecté. Aussi L put-il rapidement passer à l'essentiel. Tester l'intelligence de Yagami, pour éviter de perdre son temps avec un étudiant brillant mais d'un esprit de déduction tout à fait moyen. Tenter de le piéger, éventuellement. Et surtout, observer ses réactions. L se rendait bien compte que tous les pièges qu'il avait préparés étaient assez évidents, mais on pouvait toujours espérer une inattention de la part de Yagami... qui s'il était Kira, était 100% humain, 0% divin et par là même, sujet à des erreurs.
Mais il n'en commit pas. Ceci dit, il écarta d'emblée la possibilité d'un quatrième message adressé à L, ce qui ne jouait pas en sa faveur. Il se rendit parfaitement compte de la manière dont L tentait de le piéger. Et ses capacités de déductions étaient comme prévu bien au-dessus de la normale. Tout cela le rendait, sinon définitivement suspect, au moins digne d'intérêt.
L décida d'enfoncer encore un peu le clou. Cette journée avait été inhabituellement intéressante et il entendait presser cette occasion comme un citron.
- Même si tu es Kira, j'aimerais que tu nous aide à enquêter... Est-ce que to comprend mon raisonnement ?
Il le comprenait parfaitement... au point d'être pratiquement –s'il était Kira, bien sûr- le dos au mur. Situation inconfortable dont il se sortit d'une brillante (ou plutôt 'bruyante') pirouette. Son interminable diatribe offusquée était parfaitement typique du mauvais perdant et le mena presque exactement là où L voulait le voir venir.
Au fond, il suffit de l'exaspérer un peu...
- Mais je n'ai jamais dit que je ne te laisserai pas rencontrer les membres de l'équipe d'enquête. En ce moment même, je travaille avec ton père et quelques autres afin d'arrêter Kira. Ai-je raison de comprendre, d'après ce que tu viens de dire, que si je t'emmenais au quartier général, tu nous aiderais ?
L n'avait jamais cru en la chance ni la fatalité. Mais il savait aussi que le pourcentage de chance pour qu'une journée soit réussie du réveil au coucher (surtout un coucher aussi tardif que les siens) était extrêmement bas. Un appel téléphonique vint jeter aux orties tout l'édifice de suppositions qu'il s'était donné tant de peine à construire.
- Ryûzaki, c'est urgent... Mr Yagami vient de s'effondrer.
C'est impossible... Son propre père? Ou alors... Kira aurait découvert...
- Yagami-kun, ton père...
-A eu une crise cardiaque, acheva le jeune homme, visiblement secoué.
Kira ?

Heureusement, Yagami-san n'était pas mort, et L l'affirmait plus pour s'en convaincre lui-même que par réelle réflexion lorsqu'il dit qu'on ne pouvait complètement exclure la possibilité d'une tentative de meurtre par Kira.
Il sentit une légère tension lorsque le père Yagami affirma au fils que Ryûzaki était définitivement L, cela lui coupait dans une légère mesure la liberté de mouvement, mais au moins il était désormais certain que si Yagami était bien Kira, il ne manquerait pas de s'accrocher à lui comme une moule à son rocher. Quitte à enquêter avec lui sous un prétexte aussi sentimentalo-touchant que "je punirai Kira pour ce qu'il t'a fait, papa". Ceci dit, ces larmoyants serments pouvaient aussi bien être sincères. Il était même difficile de croire à une mise en scène, étant donné l'improbable énormité des paroles de Yagami. Surtout, ne pas sauter aux conclusions.
L avait trop de respect pour Yagami-san pour lui cacher les soupçons croissants qui pesaient sur son fils. Ce que le chef comprit parfaitement.
Light quant à lui devina presque immédiatement le raisonnement qui avait fait de lui un suspect, mais son sang-froid semblait avoir du plomb dans l'aile... parce que son père était alité au sortir d'une crise cardiaque ou parce que en fin de compte, il avait obtenu la confirmation par une tierce personne que son camarade déluré était bien le plus grand détective sur Terre ?
Toujours est-il qu'il semblait traverser une crise d'amour familial, à en juger par le bond qu'il fit à la mention de sa jeune s½ur. Pourtant, cette conclusion relevait du pléonasme après ce qu'il venait de dire. L en regrettait presque que le moment et le sujet de la discussion soient aussi inappropriés. Si Yagami était bien Kira, cette légère perte de contrôle aurait pu s'avérer passionnante.
Ce qui était passionnant, en l'occurrence, c'était plutôt la clairvoyance du chef Yagami. Il nia aussitôt la fantaisiste hypothèse qui faisait de sa fille une meurtrière de masse (ce que, L releva au passage, il n'avait pas affirmé pour Light) et énonça une vérité que L lui-même n'avait fait que percevoir vaguement.
Le véritable mal, c'est le pouvoir de tuer les gens. Quiconque se retrouve avec ce pouvoir est maudit.

Celui qui est plus maudit encore, songea L alors que le taxi s'éloignait de l'hôpital, c'est celui qui est à tort suspecté d'être Kira. Il venait de faire l'effort de se représenter une telle situation et il devait admettre que le poids était énorme. Toute tentative pour se disculper ne pouvait que l'enfoncer plus profondément encore. Tout geste suspect provoqué par inattention pouvait constituer une nouvelle preuve. Pris entre les deux feux de ce duel entre génies, n'importe qui se sentirait écrasé.
Mais Yagami... la scène d'aujourd'hui, avec son père, semblait devoir faire reculer la suspicion d'autant que l'entretien précédent l'avait faite avancer. Etait-ce l'impasse ?
Il était trop tôt, ou trop tard, pour déduire quoi que ce fût, de toutes manières. L résolut de se pencher sur le problème Misora. Jusqu'ici, il ne s'était soucié que d'exploiter les pistes qu'elle avait laissées à fond, mais le plus intéressant serait bien sûr de la retrouver...Morte ou vive, si cruel que ce fût. Toutefois, ainsi qu'il s'y était attendu et comme l'avait découvert les policiers, ce fut une tâche pratiquement impossible. Sans mentionner l'affaire Kira, ils ne parvenaient à éveiller aucun intérêt chez qui que ce soit, et s'ils l'avaient fait, non content de mettre la vie de la disparue en danger, ils auraient perdu toute chance de faire parler qui que ce fût. L'impasse, encore une fois. Ce terme lui était devenu beaucoup plus familier depuis le début de l'affaire Kira. Jamais L ne s'était heurté à une « impasse », tout au plus à des contretemps ou à un manque de preuves tangibles. Mais là... rien ne semblait prêt à concéder le moindre résultat. Toutes les pistes s'avéraient incertaines, malgré leur perfection théorique, et L était le premier à le reconnaître. Ils en étaient réduits à se raccrocher aux indices les plus minces, et des probabilités supérieures, ne fût-ce que d'un dixième de pourcent, au hasard les plongeait dans une excitation aussi frénétique que brève. L'impasse, en un mot. Le mur.
L en était à ce pessimiste constat lorsque Watari surgit toutes voiles dehors et fit allègrement voler en éclats le susdit mur. Miracle de la télécommande.
Le meilleur détective au monde fut, dans un premier temps, envahi par un léger doute. Sakura TV ? La chaîne la plus improbable de toute la télévision japonaise, capable de prouver, témoignages et vidéo à l'appui, que quiconque vivait au 19ème étage d'un building de Sapporo serait, au bout de deux ans et 7 mois, couvert de pustules purulentes et jaunâtres.
Et pourtant, le journaliste qui apparut à l'écran, sur fond blanc portant un titre aussi risible que le reste des programmes de Sakura TV, semblait terriblement sérieux et, dans la mesure où même cette chaîne ne proférerait pas publiquement un mensonge aussi dangereux, il semblait bien que Kira leur ait effectivement envoyé une cassette.
Cependant... L savait que Kira était puéril. Il était le mieux placé au monde pour le savoir. Mais de là à copier si pathétiquement la calligraphie et le brouillage de sa voix... Jusqu'aux couleurs... Rivalité, ou manque d'imagination ? Dans tous les cas, c'était d'un infantile défiant toute mesure. Bien incompatible avec le Kira qui s'esquissait de plus en plus précisément dans son esprit. L aurait presque pu en rire.
Presque. Mais un sentiment d'urgence croissait en lui. Plus qu'un sentiment. Une certitude. Personne ne serait suffisamment suicidaire pour falsifier un message pareil. Plus personne ne défiait Kira si ouvertement.
Quelque chose de terrible était sur le point de se produire. Et L n'avait absolument pas été capable de le prévoir, ne fût-ce qu'une seconde à l'avance.
- Changez de chaîne !
... Un présentateur s'effondre.
- Chaîne 24 !
Et un autre.
Damn you, Kira !
- Revenez à Sakura TV !
Une phrase de ce Kira au rabais lui revint en tête. « Un message pour le monde ». Ce message, en aucun cas, ne devait être diffusé. Kira ne doit pas, quoi qu'il arrive, passer d'ombre inquiétante à puissance tangible. L savait qu'il ne devait pas le laisser faire un tel pas en avant.
Les sonneries de téléphone emplissaient l'air vide de leur tonalité régulière. Toutes. Occupées. « Votre correspondant n'est pas joignable pour le moment. Veuillez laisser... »
Ukita-san ouvrit la porte à la volée et se précipita vers la voiture tandis que Kira poursuivait son appel à la justice. « Je peux le faire. Je peux faire de ce monde un endroit débarrassé de toute forme de mal »
Watari posa si précipitamment les deux postes de télévision qu'ils manquèrent de se briser. La première image qui frappa leurs yeux, aux côtés du « Kira » gothique, fut une silhouette étendue devant la porte de Sakura TV. Aucun d'eux n'avait besoin de voir son visage pour connaître son nom, ce qui n'empêcha pas Aizawa de le crier.
- Ukita !!
Le sentiment d'urgence continuait d'envahir L. Il avait à peine pris conscience du décès d'Ukita que déjà son esprit, indépendamment de sa volonté, travaillait à sauver au moins Aizawa. Les mots sortaient de sa bouche alors que lui-même les entendait à peine. Tout un raisonnement se bâtissait puis s'exprimait, fin prêt, par le biais de ses cordes vocales. Et L avait le sentiment de n'avoir aucune prise là-dessus. Sans doute était-ce un effet du sang-froid. Comme une machine, je continue à fonctionner alors même que personne ne m'utilise. Ce fut la poigne d'Aizawa, son ton bouleversé, qui le remit brutalement à la tête de ses propres pensées. Il eut le sentiment que tout ce sang-froid parfaitement programmé était en train de s'évaporer. Il ne parvint qu'à achever sa réponse dans un murmure.
L aurait voulu, lui aussi, qu'appeler Ukita puisse le faire se relever. Que courir à ses côtés puisse avoir le moindre effet.
Mais il savait que c'était inutile. Ukita venait de mourir, et il n'y avait rien au monde de plus définitif. Et L n'avait pas été capable de l'empêcher. Cela non plus, L n'avait pu l'éviter. Il aurait pourtant suffit de si peu de chose, il lui aurait suffi de prendre conscience de cette simple évidence : Kira veillait probablement au bon déroulement des évènements. Mais L ne s'en était pas aperçu. L n'avait pas dissuadé Ukita de courir vers la mort à tombeaux ouverts. L n'avait fait que le regarder partir, et ne pouvait pas comprendre à présent, à quoi il pouvait bien penser à ce moment là ? Et le résultat commenté par un reporter en émoi s'étalait en couleurs sur l'écran plasma. Ukita était mort. Ukita, malgré sa ceinture à la James Bond et son badge de police, malgré ces pathétiques efforts, avait été tué par Kira.
Alors que pouvait L, en fin de compte ? Lui qui n'avait même jamais été capable de sauver, ne fût-ce qu'une personne. A, B, Misora, Penber, et maintenant Ukita. Il n'avait jamais été capable que de chercher un coupable, mais jamais, jamais personne ne lui devrait la vie. Jamais il n'avait rien pu faire devant le meurtre, rien d'autre, jamais. Et les paroles emplies de fureur d'Aizawa gravaient en lui leur vérité.
L perçut un frottement sur son tibia. Ses mains tremblaient, serrées si fort sur le tissu rêche que ses jointures en étaient blanches.
Mais L savait depuis bien longtemps qu'aucun regret ne servirait jamais à rien. Très bien. Puisqu'il n'avait jamais été capable de rien d'utile, alors il allait encore essayer.

Il semblait que L soit en effet impuissant face à un tel phénomène. Dès que le téléphone ne fonctionnait plus, en fait. Mais la police, elle, ne l'était pas. Un camion blindé enfonça la façade de l'immeuble. Puis deux policiers, spontanément venus en renfort, s'écroulèrent. Puisqu'il fallait cette fois compter sur les autres pour réussir –il semblait que c'était la moralité de ce jour-. Il fallait à tout prix éviter que d'autres morts aient lieu. Il fallait éviter que ceux qui ne savaient rien de l'avancée de l'enquête viennent avec bonne foi et le visage découvert.
L en avait terminé avec les négociations pour obtenir un effort coordonné – autrement dit, il avait fini de donner des directives- quand un appel vint confirmer son intuition. Yagami-san était, fermement et définitivement, une perle du genre. L n'avait rencontré à ce jour que trois personnes qui lui fassent douter de la 'bêtise humaine', et le chef Yagami venait d'accéder au palmarès.
C'était sans doute d'un éc½urant sentimentalisme, mais lorsque l'un des présentateurs de télévision qui couvrait l'évènement proclama que la police avait répondu de la manière appropriée, L eut le sentiment qu'Ukita-san n'était pas mort pour rien. Peut-être était-ce le prix nécessaire pour barrer le passage au message de Kira. L'héroïsme inattendu sont avait fait preuve la police, ce soir là devait avoir renversé l'opinion publique. Peut-être étaient-ils au moins parvenus à retarder l'avènement d'un Dieu nommé Kira. Qui plus est, l'analyse des cassettes pouvait être une nouvelle source d'indices. Une impasse avait été dépassée.
Mais... une fois encore, le prix avait été démesuré.

Le 22 avril, L et ses 4 adjoints étaient encore devant le poste de télévision, qui semblait leur être devenu aussi nécessaire qu'un toit ou un repas. L savait de plus que cette fois, il s'agissait d'une perte de temps. Ils savaient tous le message qui serait diffusé, au point de pouvoir le répéter mot pour mot. Mais cette perte de temps n'avait plus rien d'essentiel. L savait qu'il se pouvait fort qu'il meure sous peu ; il avait donc bien le droit de perdre un peu de temps, non ? Mourir ne lui posait pas de réel problème. Cela faisait un peu plus de deux ans qu'il envisageait toutes ses enquêtes sur deux générations. Ce qui lui permettait de prendre des risques mesurés. Ceci dit, il en avait toujours plus ou moins pris, et ce n'était pas parce qu'il n'y avait personne après lui dans l'immédiat que Mello n'en prendrait pas, il le savait. Ce gamin semblait ne savoir rien faire en douceur et avait une certaine démesure, mais cela le rendait terriblement efficace. Near... Mais L n'avait pas de temps à perdre en considérations sur son héritage. Il continuerait aussi longtemps que possible. Il voulait savoir qui était Kira et n'était pas assez croyant pour penser qu'il en serait informé aux Cieux.
Ceci dit, en l'occurrence, il se trouvait dans une situation plus épineuse que d'ordinaire. Entre le directeur de la police et lui à qui personne ne faisait vraiment confiance –il était bien conscient des rumeurs qui subsistaient sur une éventuelle identité entre L et Kira- le choix serait très vite fait, et il ne pouvait pas leur donner tort. C'était lui, après tout, qui défiait ouvertement Kira, qui mettait tant de gens en danger pour les besoins d'une enquête de plus en plus tortueuse et désagréable.
Il y avait un autre problème. On avait demandé à L d'apparaître à la télévision afin d'être jugé. Mais s'il ne parvenait pas à convaincre qu'il était lui-même –et il reconnaissait qu'il ne correspondait pas exactement aux préjugés- d'autres innocents seraient tués. L se serait moins fait de souci pour ces personnes et pour son amour-propre s'il s'était agi de Kira, mais mourir de la main d'un opportuniste qui pensait qu'assassiner quelques célébrités droguées jusqu'aux oreilles rendrait le monde plus juste, à supposer que ledit opportuniste soit capable de comprendre qu'il était bel et bien L, lui semblait une fin peu enviable. Et L n'avait pas pour habitude de faire ce qu'il jugeait peu enviable.
C'est par pure précaution qu'il expliqua ses vues à ce sujet au reste de l'équipe. Il n'avait pas de temps à perdre, et devait prévoir l'hypothèse où il ne serait pas en mesure de compléter le rapport sur l'affaire Kira qu'il rédigeait (ou faisait rédiger à Watari, un bon leader doit savoir déléguer les tâches, non ?) pour la Wammy House au cas où. Dans ce cas, il serait nécessaire que quelqu'un puisse expliquer cette partie de l'enquête à ses successeurs. Il fallait bien que Matsuda serve à quelque chose.
Et puis, comme il n'avait pas spécialement envie de mourir dans les plus brefs délais, il fallait... qu'il trouve ce crétin de deuxième Kira, et ce, avant que le premier ait mis la main dessus. Il aurait sans doute besoin de ses associés dans ce but... surtout, en fait, de Yagami. Yagami Light. Il y avait peut-être moyen de faire d'une pierre deux coups, voire davantage. L, pour qui les journées n'ont pas assez de 24 heures, aimait beaucoup faire d'une pierre deux coups. Parvenir à trancher de façon plus ou moins nette, ou disons, moins incertaine sur la culpabilité de son camarade d'une part ; et se servir de ses capacités de raisonnement assez impressionnantes pour mettre la main sur ce nouveau venu dans le panthéon du XXIème siècle d'autre part. Et éventuellement, convaincre définitivement cette équipe de sceptiques de la justesse de son raisonnement. Parfois L avait le sentiment qu'on songeait moins à le contredire sans cesse quand il n'était qu'une lettre mystérieuse, derrière qui chacun mettait un visage à sa convenance.

Il fallut que L déploie des trésors de diplomatie, sans toutefois donner de faux espoirs, pour éviter toute dissension à propos de Light-kun, que la majorité des policiers respectaient vaguement comme élève brillant, droit et futur citoyen modèle. Ils ne semblaient pas comprendre jusqu'à quel point Light était modèle... potentiellement, bien sûr. L savait qu'il ne devait pas se braquer sur Yagami sans être capable de se remettre en cause si nécessaire. Mais tout de même, quelque chose dans le regard froid et sûr de lui de Light le confortait dans ses soupçons.
Mais ce dernier était terriblement récalcitrant à tomber dans les pièges de L. A part une vague et brève expression de surprise à un moment donné, il n'avait manifesté aucun battement de cil suspect, et avait tiré sans peine les mêmes conclusions que L.
Le deuxième coup de la pierre était un échec. Restaient les deux suivants. Et puis... il lui restait encore un tour dans son sac. Plus d'un, même.
- Light-kun, je souhaiterais que, dans ce but, tu joues le rôle de Kira.

En dehors, une fois encore, d'une expression de saisissement facilement justifiable, Yagami s'acquitta parfaitement de sa tâche et la réponse au second Kira fut rapidement prête. Suffisamment crédible pour le ravaler au rang des suspects... même s'il était de toute manière assez brillant pour que ce ne soit qu'une intuition. Un prélude, en somme. Tant que l'enquête ne serait pas terminée, Light ne serait pas loin, et donc observable. Jusqu'à la fin... et pour lui, jusqu'à la mort ou l'absolution.
Pour ce qui était du message, L n'avait aucun doute. Le second Kira n'imaginerait même pas un instant qu'il pût y avoir supercherie.
Ce second Kira était à la fois aux limites de la stupidité et nanti de pouvoirs quasi-divins, voire supérieurs à ceux de Kira lui-même. Ce qui était extrêmement fâcheux et largement plus dangereux, mais qui présentait par ailleurs l'avantage de démolir définitivement l'éventuelle divinité de Kira. Un Dieu n'est pas surpassé par un imbécile. Un Dieu n'est pas un imbécile. CQFD.

La réponse du susdit imbécile ne tarda pas, ne laissant à L que le temps de regarder Light regarder partout. A la recherche du point faible qui lui permettrait d'éliminer L... ou simplement comme un jeune homme parachuté dans une enquête qui le dépasse avec un statut oscillant entre proie et chasseur ? Le second Kira eut l'indélicatesse de couper court à ce dilemme par une réponse propre à faire se lamenter son sacro-saint modèle. Ainsi, il n'avait même pas vu l'anguille sous roche. Alors qu'il suffisait d'un ordre pour que L meure, il se rétractait dès qu'on lui en donnait l'ordre avec suffisamment d'autorité. C'était à pleurer de rire. L se demanda s'il n'aurait pas dû, dans la foulée, faire demander au deuxième Kira de se constituer prisonnier.
Et la suite était plus intéressante encore. Le second Kira, visiblement totalement oublieux de la diffusion nationale de son petit speech, s'adressait exclusivement à Kira, mentionnant des éléments clairement propres aux seuls détenteurs de ce pouvoir de mort. Les « yeux » et...
Shinigami.
Lorsque les pensées de L reprirent un rythme normal et pouvant être ordonné, il s'aperçut qu'il était par terre.
« Des shinigamis ? »
« Je serai supposé accepter l'existence de Dieux de la Mort ? »
Un flot d'informations l'envahissait de toutes parts. Même le second Kira ne pouvait être si stupide. Il avait un but.
Ce n'était pas Kira et l'équipe d'enquête qui étaient en compétition pour retrouver le deuxième Kira, c'était le deuxième Kira et l'équipe d'investigation qui s'efforçaient de faire sortir Kira de l'ombre.
Des Shinigami... était-ce un nom de code ? Ou bien était-ce vraiment là la seule façon d'expliquer le pouvoir de Kira de tuer, partout et à partir de simples informations ? Des dieux annexes, prêtant leur pouvoir au hasard ou à leur agrément, rendant l'homme instrument de justice ? Non, plutôt... divinités capricieuses cherchant l'amusement dans la destruction de l'homme par l'homme ?
Ça n'avait aucun sens.
Etait-ce un simple moyen de perturber la police ? Non, si Kira et le second Kira travaillaient ensemble, jamais L ne s'en serait tiré à si bon compte.
L réintégra son fauteuil en classant ce mot « Shinigami » dans sa mémoire, au cas où.
Et s'appliqua à tirer la conclusion des autres éléments du jour.
Le but du second Kira, attirer l'attention de Kira sur lui, avait été un succès. 'Succès' s'appliquait aussi aux man½uvres de l'équipe d'enquête, estimait L. Outre le fait que le second Kira, de par l'envoi de ces vidéos, serait très prochainement sous suspicion, ce qui constituait un considérable pas en avant, à partir de là, deux scénarios seulement étaient possibles. Ou bien Kira répondait, leur donnant une occasion inespérée de réunir des preuves matérielles, qui jusque là faisaient cruellement défaut. Ou bien Kira se terrait dans son silence, puisqu'il flairerait à coup sûr le danger, auquel cas le second Kira continuerait à divulguer des informations confidentielles pour le forcer à se montrer, auquel cas ils mettraient la main sur de précieux renseignements. Et ce rien qu'en regardant Sakura TV.
Le sourire de L s'élargissait sur son visage au fur et à mesure qu'il expliquait à ses coéquipiers. Kira se trouvait face à un dilemme et il ne s'en tirerait pas sans y laisser de plumes. La seule chose que L regrettait, c'était de n'y être pratiquement pour rien. Les crétins fanatiques, pour peu qu'ils soient du bon côté, avaient d'indéniables avantages.

Cependant, les choses ne demeurent jamais si simples bien longtemps. Le second Kira ne tarda pas à réagir par une page d'agenda portant une nouvelle fois la mention « Shinigami » avec une date et un lieu précis associés. Un message dont l'évidence frisait le crétinisme, mais là encore il y avait un embryon de raisonnement. Le message était clair, certes, mais y réagir était plus qu'ardu. A quoi s'attendait le deuxième Kira, exactement ? Si le message était diffusé, tout serait annulé et le Tokyo Dome bouclé. Et le deuxième Kira ne pourrait évidemment pas agir. Si le message n'était pas diffusé, il n'agirait pas non plus, puisque Kira ne pourrait être présent. Pourtant, il serait hautement intéressant que Kira et le deuxième Kira se rencontrent. Faire d'une pierre deux coups, encore.
A moins qu'il n'y ait un autre message. La page portait trois noms de lieux, les deux autres assez vagues mais néanmoins présentes avec une date précise, autant de rendez-vous potentiels. Il se pouvait très bien que « Shinigami » ne soit pas le seul mot-clé, ni même le plus important. Il pouvait y avoir d'autres significations cachées à ces trois dates. Ce qui permettrait aux deux tueurs de se rencontrer tandis que la police serait très occupée à papillonner autour du Tokyo Dome. S'il n'était peut-être pas complètement abruti, le deuxième Kira prenait de toute évidence L pour un imbécile. Pour une fois, prendre des mesures ne suscita aucun tollé parmi le reste de l'équipe, même si Matsuda n'avait visiblement pas tout suivi.
En revanche, les évènements qui avaient suivi l'apparition du second Kira avaient retardé la prise en considération d'un autre problème. L avait prouvé que Kira nécessitait un visage et un nom pour tuer. Mais à présent, il semblait que la situation avait changé. Le second Kira n'avait besoin que du contact visuel, et il fallait donc prendre des mesures de sécurité supplémentaire. L s'en voulait, face à un phénomène de telle nature, de ne pas avoir envisagé un changement éventuel plus tôt.
Surtout avec Yagami-kun dans les parages. Tant que son nom demeurait un secret absolu, jusque là, L avait été en sécurité. Mais à présent... Il fallait que le cas de Light soit tranché au plus vite. L se remémora rapidement la composition des équipes qui devaient se rendre respectivement à Shibuya et Aoyama. Light-kun allait à Aoyama avec... Matsuda. L allait devoir faire confiance à Matsuda pour surveiller Light discrètement.
Ce n'était pas gagné.

Cependant, l'enthousiasme débridé du nouveau candidat à la divinité joua une fois de plus en leur faveur. Dès le 23 (du moins d'après le cachet de la poste), il envoya un enthousiaste message annonçant qu'il avait pu trouver Kira.
Tandis que ses coéquipiers se répandaient en lamentations sur la possibilité d'une alliance entre les deux Kira, L se concentrait sur la date. Un envoi le 23 éliminait toutes les autres dates et lieux de rendez-vous pour ne laisser que le 22 à Aoyama. Matsuda n'étant pas Kira (à moins de très graves erreurs d'interprétation), le seul suspect disponible était Yagami Light. Mais il ne fallait pas sauter aux conclusions. Le cachet pouvait fort bien avoir été falsifié, et quand bien même, il y avait une foule considérable à Aoyama. Rien n'empêchait, par exemple, la fille Kitamura, de s'y être également rendue.
Mais si vraiment c'était Aoyama...alors le mot-clé qui surpasse 'Shinigami' serait...
'Cahier' ?
Ça n'avait pas beaucoup de sens, mais L rangea soigneusement cette information dans un tiroir de sa mémoire, avec un post-it dessus.
Le prochain mouvement, en revanche, était assez simple. Vu l'état d'esprit du second Kira, cela valait la peine d'essayer.
Il suffisait de le convaincre de devenir un héros plutôt qu'un Dieu.
Tout dépendrait toutefois de la profondeur de sa foi en Kira. Fanatique ou juste imitateur ? L se prit à espérer que ce fût un imitateur. Mais l'espoir n'avait jamais suffi, en dépit des vieux proverbes.
Leur man½uvre avait une part de risques. A présent, le deuxième Kira pouvait se rendre aussi bien que choisir de rentrer en contact avec Kira. Dans le deuxième cas, les risques que prenait L, à l'université, avec les membres de l'équipe d'enquête, devenaient excessifs, surtout avec Yagami Light dans les parages. Tant pis pour les nerfs du chef Yagami, la surveillance intensive allait reprendre.
La famille Kitamura ne l'intéressait plus, six visionnages successifs des films pris à Aoyama lui ayant permis de s'assurer qu'aucun de ses membres ne s'y trouvait, ni dans les rues ni dans les toilettes publiques ni même dans les égouts.
Il allait falloir passer à la vitesse supérieure. Il entendit Aizawa et Matsuda se demander quand est-ce qu'il arrivait à L de dormir. Pour le moment, dormir était hors de question.

Et même s'il l'avait voulu, il n'aurait pas pu dormir. La suspicion envers Light Yagami provoquait un très profond malaise dont il ne parvenait pas à cerner les raisons.
Non, ce n'était pas ça. Simplement, il pensait que ce n'étaient pas d'assez bonnes raisons pour justifier un tel malaise.
Yagami Light n'était tout de même pas le seul être humain vivant dont il appréciait la compagnie...si ? Le seul avec qui il pût avoir des conversations intéressantes sans avoir à se mettre à son niveau...si ? Ça n'était quand même pas ce que l'on appelle un 'ami'.
Peut-être bien que si.
Là n'était pas la question, de toute façon.

Enfin, pour le moment.

Pour le moment, L était plus occupé par une vague déception. Kira et le deuxième Kira s'étaient rencontrés et mis d'accord. L ne pouvait quand même pas raisonnablement espérer que le deuxième Kira ait eu une poussée d'intelligence. L'enquête devenait, avec ce coup sérieux porté à leur camp, de plus en plus difficile. De plus intéressante aussi, mais des vies humaines étaient en jeu et il ne pouvait se permettre de profiter de cette partie d'échecs.
Ou plutôt de shôgi. Un pion que l'on perd n'est pas perdu pour tout le monde, et L savait que Kira gagnait à sa cause bien des pions.

'Oui... Yagami-kun n'est pas Kira.'
'Ou plutôt, je ne veux pas que Yagami-kun soit Kira.'
'Parce que
Yagami-kun est mon tout premier ami'

Mais les divinités doivent savoir faire des sacrifices, et celui d'une hypothétique amitié ne dérangeait pas Light outre mesure.
En revanche, le sacrifice da sa vie dérangeait L et il fit exception à sa règle, en arrêtant Amane Misa sans réelle preuve. Oh, bien sûr, l'ADN et les empreintes digitales ne mentaient pas, mais elle pouvait avoir été manipulée. Qu'importe, il ne devait négliger aucune piste, et dans le cas présent, il s'agissait d'une autoroute plutôt que d'une piste.
Puis ce fut Yagami-kun. L n'aurait pu espérer mieux. Sans même avoir à recourir aux preuves matérielles, il se retrouvait à même de surveiller son suspect numéro 1 en permanence.
Tout allait trop bien et trop vite. Une telle accélération, après des semaines de piétinement, L n'y croyait pas. Même si Misa-san, avec tout le respect dû à une demoiselle, était probablement à même de mener Kira à l'échec en essayant de l'aider... même ainsi, Kira devrait être à même de s'en tirer, lui qui avait probablement déjoué la surveillance du FBI.
Si Yagami était vraiment Kira, alors il avait un plan. Et L ne pouvait rien lui demander de plus, n'est-ce pas ?
Très bien, il y avait encore quelque chose qu'il pouvait faire. Quel que puisse être le plan, L le déjouerait à son tour. Et il garderait Yagami sous clé dans son cagibi jusqu'à ce qu'il avoue, qu'il se trahisse... qu'il se passe quelque chose.





Je vous présente mes plus plates excuses pour mon inexcusable retard...

# Gepost op dinsdag 28 oktober 2008, 14u19

Gewijzigd op dinsdag 04 november 2008, 16u46