L eut un léger sourire, le premier depuis longtemps. Depuis tant de temps qu'il remuait les bas-fonds de la société mondiale. Il s'était évidemment attendu à une réaction rapide, vu les enjeux, mais pas à une pareille audace... Il avait peut-être poussé le bouchon un peu loin. Ç'avait été amusant, remarque. Comme une partie d'échecs avec un adversaire à sa hauteur. Plaisir qui était devenu si rare ces dernières années... et même inexistant. Ses entrevues avec A s'étaient raréfiées, la fillette étant totalement accaparée par ses études. La dernière fois que L l'avait vu, il y avait un mois de cela, elle commençait à avoir des cernes d'une profondeur qui défiait les siennes. Les chaînes de télévisions, et surtout leur audimat, s'étaient rapidement lassées de remâcher les mêmes phrases à son sujet, faute d'avoir des « scoops » à présenter en exclusivité. Ce qui ne lui faisait ni chaud ni froid, mais qui était néanmoins préférable à toutes ces spéculations extravagantes. Le FBI et la CIA lui avait récemment accordé, par le biais de Watari, leur coopération en cas de besoin, et avaient été suivis, comme c'est si souvent le cas chaque fois que les States prennent une décision, par la plupart des services secrets du monde, puis d'Interpol l'année suivante. A bien y réfléchir, cela avait été la seule chose qui l'avait amusé cette année là. « Ils sont en train d'octroyer le commandement de la plupart des forces du monde à un gamin de dix-huit ans. Je voudrais bien quitter l'anonymat rien que pour voir leurs têtes en apprenant ça ! ».
Et maintenant... enfin les choses redevenaient un tant soit peu intéressantes. Ceci dit... c'était une sacrée prise de risque. Même du point de vue de la loi. Il n'aurait pas cru devoir un jour demander le soutien de...Trop tard pour y changer quoi que ce soit, mais il allait devoir compter entièrement sur sa capacité à mentir comme un arracheur de dents... et ce face à quelqu'un dont le métier même est de mentir. Eux aussi prenaient un énorme risque en se présentant ici... ils étaient un peu dans la même situation. Criminels, espions et détectives, le point faible, c'est l'identité. La porte glissa sans bruit derrière lui. S'ouvrant sur une poignée de personnes, les criminels et agents doubles les plus doués et expérimentés au monde. Ceux dont la police ne connaissaient même pas l'existence, ceux dont la CIA n'avait même pas soupçon de l'étendue de leurs capacités. L eut une pensée pour le temps qu'il lui avait fallu pour les amener ici. Tous. Ça avait été vraiment difficile de trouver des preuves suffisantes... Même pour lui, en fait, les trouver n'avait pas été du gâteau. Cependant, il ne pouvait dire que ça n'avait pas été une partie de plaisir. En parlant de gâteau... Il tendit la main pour attraper le paquet de Petit-beurre (la France avait décidément de TRES bons côtés, excepté le caramel au beurre SALE, qui lui paraissait une pure hérésie) et de l'autre fit tourner son siège. Il compta rapidement les silhouettes en noir devant lui.
Kenwood Mary/Wedy. Morello Thierry/Aiber. Agatsuma Sakuran/Satsuhana. Roy Jane/Wanderer. Tenez Carlo/Ship. Long Kun-wee /Moonless Night.
Tous là. Parfait. Il se doutait bien qu'ils ne feraient pas les choses à moitié. Il avait bien fait d'expédier Watari à New Delhi, finalement. Même si son aide aurait été bienvenue...Il ne pouvait absolument pas lui en parler. Pas avant de l'avoir fait. Watari aurait jugé cela bien trop risqué. Et l'en aurait empêché. C'est vrai que c'était dangereux, mais cela en valait la peine, et puis... Maintenant qu'il y avait A, il n'y avait plus grand-chose qui lui faisait peur.
Il leur dédia un regard empreint d'une crétinerie profonde, imitant avec une perfection saisissante une vache qui verrait un TGV se garer dans son champ (et pourtant il n'avait jamais eu l'occasion de voir une vraie vache de toute sa vie).
- L, n'est-ce pas ?
- Bien sûr que non, répondit-il avec un sourire parfaitement assorti à son regard. L n'est pas assez stupide pour se montrer devant vous. Il m'a envoyé à la place.
- L avait dit qu'il viendrait ! C'était le marché ! interrompit une silhouette féminine d'assez petite taille.
- Parce qu'il te fait confiance, à toi ? coupa net un grand type juste derrière elle.
Aiber. Evidemment.
L laissa son sourire glisser sur ses lèvres.
- Je pense pas. Mais, je suis crétin de toute façon, et j'ai des... euh... des troubles de la mémoire... Je vais ...euh, sans doute vous oublier d'ici demain. Chais pas qui vous êtes, d'ailleurs, mais L a dit qu'il voulait vous parler. Il vous écoute, là. Je suis là pour vous transmettre ce qu'il a dit que vous vouliez... mais je ne dois pas le donner avant que L me l'dise.
- Pas de caméra, L, on est bien d'accord ? reprit Aiber, levant les yeux sur les zones d'ombres de la salle en tôle.
Le « crétin » accroupi sur sa chaise plongea la main dans son paquet de Petit-Beurres et enclencha le petit mécanisme au fond.
Merci Watari...
Une voix déformée jaillit d'au-dessus de la porte, vers laquelle se retournèrent instantanément le petit groupe. L nota avec intérêt à quel point la façon de réagir des gens montre leur nature et diffère selon les personnes. Même si leurs physiques disparaissaient derrière du cuir noir, il pouvait deviner qu ils étaient. La petite femme qui avait crié avait fait volte-face d'un bond. Satsuhana. Le grand type lui, s'était retourné posément, sans étonnement apparent. Aiber, c'est sûr maintenant.
« Je me doutais bien que vous poseriez cette question, ... Aiber, si je ne m'abuse ? Ou devrais-je dire, Thierr-»
- Inutile de continuer, ou de nous menacer ainsi, L. Nous savons tous très bien ce que tu sais, sinon, nous ne serions pas venus là en tant que ce que nous sommes.
- Tous ensemble, en plus, c'est une première, commenta ironiquement un autre homme, plus en retrait.
Tous s'adressaient désormais à la porte.
L réprima un sourire.
Yokatta. J'ai vraiment l'air d'un attardé, alors... au point que même Aiber y croie. L'habit ne fait pas le moine, et il le sait...Il faut se méfier quand même, il doit attendre que je me trahisse... Dommage pour toi, je ne commettrai pas d'erreur. Je ne te laisserai pas inverser les rôles comme tu es si doué pour le faire.
« Il n'y a pas de caméra. Il me semble que 'Nuit sans Lune' est assez...calée en électronique. Elle peut vérifier toute la pièce, si elle veut. Les seuls yeux étrangers ici sont ceux du garçon, et il ne dira rien – on ne le croirait pas, de toute façon. Je n'ai placé aucun dispositif sur lui, vous pouvez le fouiller. Par ailleurs, la pièce est entièrement close, et sécurisée. Personne ne rentrera durant toute la durée de la conversation – et personne ne l'entendra. Vous devriez vous assurer de cela aussi. Faites-moi savoir quand vous aurez terminé avec ces fastidieux préambules. Je vous demanderai à mon tour, une fois ceci fait, de vous débarrasser de toute arme ou moyen d'enregistrement que vous avez sur vous – je m'adresse en particulier à ces dames Wedy et Satsuhana, ce afin de préserver ma propre sécurité. Je fais confiance à Chris pour me prévenir une fois cette condition remplie. »
Il pausa l'enregistrement. Maintenant commençait le véritable risque.
Un quart d'heure plus tard, Kun-wee Long annonçait
« Aucune caméra n'a été installée. Je suis heureuse de constater que vous tenez votre parole, L »
Yappari. Qui penserait à vérifier un paquet de gâteaux. Elle a vérifié la poubelle, regardé le paquet mais ne l'a pas vidé. A partir de là, je ne cours pratiquement aucun risque à condition de faire un minimum attention.
« Vous devez tous en être soulagés, je suppose. Je vous prie maintenant d'observer à votre tour la condition que j'avais posée. »
Montrez-moi vos visages. Surtout toi, Satsuhana. Je veux savoir quel peut être le visage d'une femme qui peut tuer sans commettre d'erreur. Ou presque.
Le premier, Aiber ôta sa combinaison sombre. Blond, trente-cinq ans maximum, assez grand et l'air sûr de lui. Vêtu d'un costume à la fois élégant et décontracté. Arnaqueur professionnel. Comme je l'avais imaginé. Les uns après les autres, les travailleurs de l'illégalité découvrirent leur visage.
Wedy. Voleuse. Une femme blonde, les yeux camouflés derrières ses lunettes, léger sourire moqueur. Sans doute capable de prouesses physiques.
Satsuhana. Meurtrière. Une Asiatique, sans doute Japonaise, à l'air jeune et toujours tendue comme un arc. Si elle décide de se ranger, elle peut sans peine se rabattre sur les films de ninja.
''Nuit sans Lune''. Spécialisée dans l'électronique. Coréenne, le front haut, l'air de ceux dont la culture étendue n'est pas laissée en friche mais utilisée de façon ingénieuse, des yeux inquisiteurs derrières ses lunettes ovales.
Wanderer. Espionne ne servant aucune nationalité, uniquement son intérêt. Rousse, frisée, l'air angélique...et les yeux faits pour voir ce qu'elle n'est pas censée voir.
Ship. Transport illégal de tout-et-n'importe-quoi. Brun, bronzé, l'air d'un riche nabab en vacances.
Je ne savais pas que ça marcherait à ce point. J'ai vraiment bien fait d'expédier Watari à New Delhi, ça en valait la peine.
Il éleva la voix en n'oubliant pas le regard bovin et la voix traînante.
- J'crois qu'y z'ont fini, L. Y'avait que...euh... Satsuna qui avait une arme. Un tout p'tit revolver.
Une pression, entre deux biscuits.
« Merci, Chris. Bien, maintenant... Nous pouvons passer aux choses plus intéressantes. Vous me voyez ravi de constater que vous avez vous aussi tenu votre promesse et êtes venus presque sans arme. »
- Vous n'avez pas tenu votre promesse, L. Vous aviez dit que vous seriez là en personne.
« Et je le fais. » « Je suis dans le même bâtiment que vous, simplement je me suis installé à l'étage au-dessus. Voyez-vous, quelles que soient les civilités que nous échangions, nous ne sommes pas en confiance. Vous êtes bien plus nombreux et forts que moi, et si la situation venait à se dégrader, ma vie serait menacée. Puisque vous êtes ceux que je mets en danger, j'assure ma sécurité de cette manière. Ce qui ne m'empêche pas d'être ''là en personne''. »
Vous n'imaginez pas à quel point je suis ''là en personne''.
- Bien, comme disait L, nous n'allons pas nous répandre en discussions inutiles sur ce sujet. Il n'y a pas de caméras, L ne peut pas nous voir et nous ne pouvons pas le voir. Ce me semble satisfaisant.
- Non, siffla l'électronicienne. Si L avait été là en personne, nous aurions pu vérifier les micros. Ici, L peut non seulement nous entendre, mais aussi nous enregistrer.
Un silence pesant tomba sur l'ensemble du groupe.
Comme si je ne l'avais pas prévu. Bien dit,''Nuit sans Lune ''.
« Vous avez tout à fait raison. D'où je suis, je peux parfaitement enregistrer notre conversation. Ce que vous semblez oublier... c'est que, si effectivement j'enregistrais la conversation, dans l'optique de vous faire arrêter, je devrais expliquer à Interpol, ou la CIA, ou le FBI, ou n'importe quel service de renseignement que je choisirai, pourquoi je palabrais avec des criminels, en leur donnant autant de liberté et en marchandant avec eux – surtout vu ce que je m'apprête à vous donner. De leur point de vue, je devrais vous avoir envoyés à l'ombre, tous autant que vous êtes, à partir du moment où j'ai prouvé votre implication dans certaines affaires. La seule raison pour laquelle ils ne réclament pas encore cela de moi est qu'ils ne connaissent pas votre existence. Cela vous suffit-il ? »
Ils réfléchirent un moment, puis se retournèrent vers Aiber, lequel répondit lentement.
- Cela me semble plausible, mais... Il demeure tout de même un doute.
« J'en suis bien conscient. Mais, je ne cherche pas à vous arrêter. Sinon, comme vous le savez, vous seriez déjà aux mains d'Interpol. Ce qui me semblerait un regrettable gâchis compte tenu de vos capacités... »
- C'est donc cela que vous voulez marchander avec nous...
« Oui. Marchander avec un arnaqueur... Voyons si je peux m'en tirer à bon compte. »
- Même chose ici. Vous disposez d'un moyen de pression pour le moins convaincant.
« Justement, à ce sujet. Je voudrais que les choses soient parfaitement claires. J'ai fait durant les sept derniers mois une enquête aussi discrète que possible, qui m'a permis de découvrir : votre existence en tant que voleurs, espions, assassins, etc. ; votre véritable identité ; les affaires dans lesquelles vous avez été impliqués. Le tout avec preuves indiscutables. Et c'est la récupération de ce dossier vous concernant qui vous amène ici. »
- Tout à fait. Et ce que vous attendez de nous...
« Votre coopération. Savoir qu'en cas de besoin je pourrais faire appel à vos talents et spécialités. »
- Et en quoi le détective qui nous surpasse tous, et qui depuis peu a la mainmise sur Interpol et les services secrets mondiaux, pourrait-il nécessiter les faibles compétences dont nous disposons ?
« Vous avez des capacités que les agents du FBI n'ont pas, parce que c'est illégal. Vous avez pour vous la discrétion, et vous ne poserez pas de questions pour savoir si c'est bien légal, si ce n'est pas risqué, si j'ai le droit de faire ci ou ça. Le FBI, la CIA, Interpol, tous sont très compétents mais extrêmement tatillons quand il s'agit d'entrer chez un suspect pour y trouver des preuves. Je n'ai pas de temps à perdre à débattre avec eux dans l'espoir de les convaincre. C'est pourquoi dans certains cas, il me semble préférable de ''vous avoir sous la main'' si vous me passez cette désobligeante expression. »
- Je vois. Et vous supposez que nous vous obéirons sans broncher ?
« Je ne suis pas si bête, Mr. Aiber. J'ai bien assez de pions dans mon jeu, et des fous aussi, j'en ai plus que nécessaire. Ce sont de pièces plus... intéressantes dont j'ai besoin. »
- Des tours et des chevaliers...
« Vous avez le droit de refuser mes requêtes, évidemment. Je vous demande simplement de me donner un moyen sûr de vous joindre, un moyen qui ne puisse me desservir. Ce que je vous demande, c'est de pouvoir vous soumettre une proposition sans avoir à faire une enquête de six mois au préalable pour vous retrouver. »
- Vous faites sonner cela comme si vous ne nous demandiez pratiquement rien. Mais, vous donner un moyen permanent de nous joindre, c'est une entrave. Quelque chose que nous ne pourrons pas nier, contrairement à tout le reste. Nous étions intouchables, parce qu'impossible à retrouver. Un lien constant, ce n'est pas si anodin que vous voulez bien le faire paraître.
« Estimez-vous que cette absence totale de chaînes dans vos relations est préférable à une absence totale de barreaux à vos fenêtres ? »
- Vous avez dit vous-même que vous ne nous feriez pas arrêter, L. Qui plus est, vous avez chargé le garçon qui se trouve ici de nous remettre les documents que nous sommes venus chercher, notre accord sous-entendant qu'il n'en existait pas de copie. Je doute que sa dévotion envers vous aille jusqu'à sacrifier sa vie pour nous cacher quelque chose que nous pourrions trouver, en cherchant bien. Votre moyen de pression sur nous me semble bien affaibli.
Il est habile. Il essaie de faire en sorte que les autres ne me craignent pas. Si les choses venaient à tourner mal, c'est celui qui aura la mainmise sur le maximum d'entre eux, et surtout sur les plus utiles, qui l'emporte. C'est une partie d'échecs où la seule façon de gagner, est de prendre contrôle des pions de l'adversaire. Mais ce sont toujours des échecs, et j'ai prévu tes mouvements bien avant que tu ne commences à bouger.
« Vous semblez me prendre pour un parfait idiot, Mr. Aiber. Pensez-vous que j'aie abandonné un pauvre garçon sans défense seul dans une pièce remplie de criminels si doués ? Il lui suffit d'un geste et la police débarque ici et vous arrête tous. Qui croyez-vous qui aie le plus de pouvoir sur des policiers, de nous deux, Mr. Aiber ? »
- Vous aviez dit que personne ne pouvait entrer ni nous épier, que personne n'était au courant ! s'exclama Satsuhana.
- C'est du bluff, intervint ''Nuit sans Lune''. J'ai vérifié, personne ne nous voit ni nous entend. Personne ne viendra. Vous avez sécurisé le lieu où vous êtes, L, et vous n'avez pas envie de vous montrer à des policiers.
- De plus, vous l'avez dit vous-même, si vous aviez prévenu la police, elle aurait voulu tous nous piéger ici, peu importe ce que vous auriez dit.
Tu le caches, mais tu as peur, Aiber. Je vous ai demandé de vous désarmer, tu sais que j'aurais pu faire ça juste avant de vous livrer pour éviter le sang. Tu commences à croire que tout cela est un piège destiné à vous couper toute possibilité de fuite. Que non content de vous retrouver, je vous offre sur un plateau à la police. Et les autres ne tarderont pas à en venir à cette conclusion...C'est une situation intéressante, mais si je veux vous emmener tous là où je veux en venir, elle m'est inutile.
« Vous semblez croire que j'aurai prévenu la police de votre venue, et donc de votre existence et du dossier qui vous amène ici. Dans ce cas, vous êtes tous, désarmés, dans une souricière. »
Un long silence.
« Vous avez tort. Si tel était le cas, j'y serais moi aussi, dans la souricière. Depuis le temps que la police veut me voir, elle en serai ravie, et moi, largement moins. Je n'ai pas prévenu la police de votre venue. En revanche, ce bâtiment est nanti d'un système d'alarme domestique très répandu, et si Chris se sent menacé, il déclenchera cette alarme et des agents arriveront aussitôt pour arrêter des cambrioleurs. Et tomberont... sur vous, et sur le dossier de ma main qui vous accuse. Quant à moi, non seulement rien ne m'oblige à me présenter comme L aussitôt, mais en plus là ou je suis, le temps que vous soyez arrêtés, je serai à l'extérieur en train de me faire passer pour un passant. »
- Je vois. Votre protection et votre offre, dans le même mouvement.
Exactement, Aiber. Et c'est moi qui mène, maintenant. Tu ne peux plus minimiser le prix à payer.
« Mais laissons de côté tous ces extrêmes auxquels j'espère ne pas avoir à recourir. Je ne voudrais pas que nos relations se détériorent, et je vous prie de bien me comprendre : je ne vous menaçais pas, je vous rappelais simplement que vous n'avez pas le pouvoir de vous en tirer sans payer. Ce que vous devez payer, je vous en donne le choix. C'est à vous de le faire »
- Autrement dit, chacun pour soi et Dieu pour tous. Ceux qui veulent vous suivre et ceux qui ne veulent pas. Et s'il y a lieu, vous défendrez en justice ceux d'entre vous qui vous auront cédé, L ? Vous ferez croire aux policiers que parmi nous certains vous ont aidés ? Vous voulez nous acheter ? Qui accepterait une défense qui les ferait passer pour des traîtres aux yeux de ceux contre qui vous ne pouvez rien ?
« Je ne me rappelle pas avoir proposé quoi que ce soit de tel. Créer des dissensions entre vous me semblerait très maladroit de ma part. Bien, que décidez-vous ? Acceptez-vous mon offre ? »
- Comme si nous avions le choix.
« Vous l'avez. Vous avez trois options : accepter l'entrave d'un lien permanent et fiable avec moi, tenter de prendre ce que vous voulez par la force et risquer la prison à coup sûr, ou repartir avant que cela sente le roussi...en me laissant ce dossier compromettant, avec la risque que je finisse par abandonner la politesse et m'en servir. »
Que peux-tu répondre à cela, Aiber ? Si tu finasses, les autres te laisseront seul. Je l'ai présenté de façon à ne vous laisser qu'une seule option acceptable. Et tu ne peux pas le nier.
« Je tiens à préciser aussi que je ne rendrai pas la partie du dossier concernant ceux qui me refusent leur aide de façon catégorique et définitive, aux dites personnes. Qui sont priées de s'en aller maintenant. »
Fais ton choix, Aiber. Plus que les autres, c'est toi qui m'intéresses. C'est ton aide que je veux. Mais tu le sais bien, et ça m'embête. Tu vas essayer de faire monter le prix de ton accord.
- Utiliserez-vous ce dossier, si nous refusons, L ? L'utiliserez vous sachant que cela revient à vous priver de notre aide de façon...''catégorique et définitive'' ?
Ton argument n'a pas de poids et tu le sais. Tu sais que tu ne tiendras pas longtemps à ce rythme. Si j'enfonce encore un peu le clou tu ne pourras plus rien faire.
« Vous supposez que je continue indéfiniment de laisser pendre la prison à vos nez, sans toutefois mettre ma menace à exécution, dans l'espoir de vous convaincre un jour ? La façon dont j'ai présenté les choses tout à l'heure supposait que vous m'étiez indispensables, cependant il serait très exagéré de considérer les choses ainsi. Votre aide est un formidable gain de temps et d'efficacité pour moi. Mais n'est pas pour autant essentielle. Un plus, en quelque sorte. J'ai enquêté pendant des années sans ce plus, ce qui ne m'a pas empêché de vous trouver. Je me suis arrangé pour tous vous forcer à venir ici, pour vous soumettre cette offre, et je ne la répèterai pas. Ce n'est pas une faveur que vous me faites, c'est dans l'autre sens que vont les choses. Sachant cela, seriez vous prêt à parier votre liberté là-dessus, Mr. Aiber ? Seriez vous prêt à miser autant ? »
- Vous n'avez pas à supplier des voleurs pour qu'ils vous aident, hein ? intervint Wedy. En ce qui me concerne c'est tout vu.
Dépêche-toi, Aiber. Dans cinq minutes j'aurai leurs numéros de téléphone. Si tu veux tenter encore quelque chose c'est maintenant.
- Attendez, L. Nous sommes tous contraints, vous compris, de faire confiance. Ce dossier, vous allez nous le rendre et il n'y en a pas de copie. Nous sommes forcés de vous croire sur ce point. Seulement... Vous semblez considérer que vous êtes le seul à pouvoir nous retrouver. Ce qui n'est peut-être pas le cas. Vous êtes simplement le premier. Aussi je pense qu'il est de bonne guerre de vous demander une autre garantie. Si un autre détective venait à avoir des soupçons à notre sujet, vous vous arrangeriez comme vous savez si bien le faire pour que nous restions introuvables. C'est dans votre intérêt autant que dans le notre, aussi je doute que vous refusiez.
Bien. Je le savais. Tu as monté le prix aussi haut que tu le pouvais, Aiber. Et tu vas accepter. Très bien.
« Cela me paraît tout à fait acceptable. Si c'est la condition que vous posez... Dois-je donc considérer que vous acceptez ? »
Allez, dis-le. Pour toi, c'est comme si tu avais perdu, hein ? Tu n'as pas réussi à récupérer le dossier sans avoir à le payer...Tu ne m'auras pas arnaqué, Aiber.
- Très bien, L. Mais cela dépend de ce que vous voulez que j'accepte. Quel moyen de communication, à la fois sûr et pratique, voulez-vous qu'on établisse ?
« Je sais bien que vous n'avez ni téléphone permanent, ni messagerie Internet, et encore moins d'adresse fixe, du moins pas une où vous pouvez recevoir ce genre de courrier. Mais vous êtes doués pour la dissimulation. J'ai trouvé sur Internet un forum pour enfants, assez fréquenté et facile d'accès, qui ne nécessite pas d'inscription. Je vais vous en laisser l'adresse et un jour, si dans ce forum l'un des messages laissé par quelqu'un dont le pseudo est Chacha12 laisser entendre que cette personne ''a besoin de l'aide de ses amis'', vous viendrez au lieu mentionné dans le message précédent, à la date du message, un mois plus tard. Ce me semble être sûr pour vous comme pour moi. Utilisez de préférence des ordinateurs publics. »
Wedy s'avança vers la table pour y trouver un petit tas de feuilles ou étaient inscrits une adresse Internet.
- Très bien, L. Ça me paraît acceptable.
Aiber réfléchit un instant puis saisit une feuille à son tour.
- Parfait, L. Vous avez pensé à tout, on dirait.
Son regard était fixé sur le garçon aux cheveux en pétard en face de lui. Qui leur tendit sans un mot un épais dossier qu'il extirpa d'un tiroir.
- L pense toujours à tout, Mr Aiber.
« Bien, je pense que cette réunion touche à sa fin. Je vous demande de laisser Chris sortir le premier, puis vous, un par un je pense, et je partirai le dernier. A bientôt, peut-être. »
L chiffonna le paquet de petits Lu, sentant la mécanique fragile craquer sous ses doigts, et il fourra le tout dans sa poche. Avant de se traîner dehors.
J'ai réussi.
- Tu as QUOI ?
- J'ai mis à mon service les plus grands criminels au monde.
- L, par pitié, épargne-moi une migraine carabinée. Explique-moi ça maintenant.
- Maintenant, Watari ? Dans une cabine téléphonique ? En plein centre-ville ? Je reconnais que la ville où je suis n'est pas immense, mais...
- Quoi ??? Tu n'es pas à New York ? Tu n'es pas chez toi, L ?
- Non, je ne suis pas à New York. Je ne suis pas chez moi, pour la bonne et simple raison que je n'ai pas d'endroit que je peux décemment appeler ''chez-moi''. Bien, si vous pouviez venir me chercher, maintenant, au lieu de me crier aux oreilles ce qui est censé rester secret...
- Mais où est-ce que tu es ? Comment y est-tu allé, d'abord ?
- Je suis dans le centre ville de Caen, rue du 6 Juin. J'y suis arrivé en bus.
- L...
- Oui, Watari ?
- Non, rien. J'arrive.
- Je vous remercie.
Je sais, je sais, c'était long... Sumimasen. Bref voilà le new chap, je ferai sans doute un montage potable plus tard !